Fausse mort de Martin Bouygues : les médias à l’heure du mea culpa

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Ce blog a souvent décrypté les réactions des entreprises gaffeuses éreintées par des médias parfois impitoyables. Ce samedi a offert au grand public le spectacle inverse. En annonçant par erreur le décès de l’homme d’affaires Martin Bouygues, l’Agence France Presse, puis une grande partie de la presse française, a commis une énorme bourde. La boulette est préjudiciable à Martin Bouygues, à ses proches et aurait pu avoir des conséquences non négligeables sur le groupe du même nom. On imagine par exemple l’impact même temporaire qu’aurait eu une telle nouvelle sur le cours de bourse de l’entreprise en pleine semaine, lorsque les marchés financiers sont ouverts.

Cette péripétie montre, s’il en était besoin, que les journalistes racontent parfois de grosses bêtises et ne vérifient pas toujours leurs informations. Elle jette aussi une lumière crue sur la pratique journalistique qui consiste à suivre aveuglément les dépêches de l’AFP et emboîter le pas sans se poser de questions à la célèbre agence, qui bénéficie d’une solide réputation de sérieux et de fiabilité.

Sur ce blog, nous avons assez conseillé aux entreprises, lorsqu’elles commettent une faute indiscutable qui peut ternir leur image et décrédibiliser leurs actions, de présenter leurs excuses aux personnes lésées ou blessées. En communication de crise, cette phase d’excuses doit intervenir rapidement et compléter le moment de la compassion, où l’entreprise montre qu’elle a clairement identifié qu’il y avait un préjudice à réparer.

L’AFP, puis tous les médias ayant repris trop prestement son information erronée, se sont donc retrouvés devant l’obligation de s’excuser platement. Voire de se remettre un peu en question. L’ont-ils fait ?

La première et principale accusée, l’Agence France Presse, s’est rapidement confondue en excuses, précisant au passage qu’elle allait ouvrir une enquête pour déterminer l’origine de cette méprise. « Nous prenons cet incident très au sérieux et menons une enquête au sein de la rédaction pour comprendre comment une telle faute a pu être commise », a déclaré notamment la directrice de l’Information, Michèle Léridon, qui ajoute : « Nous présentons nos plus plates excuses à Martin Bouygues, à ses proches, à son groupe, ainsi qu’à tous nos clients ». Sur son compte Twitter, l’agence évoque une « terrible erreur ». « Nous présentons à Martin Bouygues et à sa famille nos plus sincères excuses pour cette faute inacceptable », déclare de son côté Emmanuel Hoog, le PDG de l’agence. Excuses, compassion, promesse d’action : tous les ingrédients nécessaires aux premières déclarations, lorsqu’une crise éclate, sont réunis.

Et les autres médias ? En reprenant la dépêche erronée de l’AFP, ils se retrouvent dans la position aussi singulière qu’inconfortable de victimes et de coupables. Victimes, car, comme bon nombre d’entreprises (dans l’agro-alimentaire par exemple) confrontées à des crises, ils ont été « trompés » par la qualité du produit de leur fournisseur. Précisons à ce stade qu’il est impossible pour un journal de vérifier toutes les dépêches qui tombent. Si les rédactions sont abonnées à l’AFP, c’est justement pour bénéficier d’un arrivage d’informations factuelles censées être exactes, à partir desquelles elles vont travailler. La bévue de samedi illustre bien la limite du système. Coupables, ces autres médias le sont aussi. Outre le préjudice moral causé à Martin Bouygues, sa famille et son groupe, ils ont trompé le grand public. Et donc failli à leur mission de base, en reprenant les yeux fermés une fausse information.

Dans les rédactions, le premier réflexe a été bien entendu de publier les correctifs dès qu’il s’est avéré que Martin Bouygues était en pleine santé, soit une demie-heure après. Et de supprimer des pages web tous les articles annonçant la disparition de l’homme d’affaires.

Bien souvent, le deuxième automatisme a été d’expliquer ce qu’il s’est passé. Loin d’un quelconque réflexe de contrition, la plupart des médias ont préféré raconter avant tout l’histoire de ce bug informatif. Place donc au film des événements pour Le Monde, Le Figaro, l’Obs, L’Express ou Libération. Les Echos est un des rares à publier, en tête de son récit, un billet d’excuses à ses lecteurs.

Le Parisien, (lui-même repris notamment par La Charente-Libre!) a préféré exploiter le potentiel amusant de l’histoire, en publiant un best-of des messages et commentaires humoristiques des uns et des autres.

On le voit, pour une majorité de journalistes, l’heure n’est pas (encore) à la remise en question. A l’exception notable du Point, qui semble prêt à tirer « les leçons d’un fiasco ».

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Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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