#startup : l’Afrique aussi est en marche, et elle avance au pas de course !

Stéphane DEGONDE, publié le , mis à jour à

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Christian Kamayou – fondateur de MyAfricanStartup

Une formidable énergie d’entreprendre a saisi le continent africain, riche de ses 54 pays, de la diversité de ses peuples et cultures, et de son immensité. Pour ceux qui voyaient dans le mot startup un terme galvaudé, tant il est aujourd’hui conjugué à tous les temps et tous les genres, regardez plus au sud : l’inventivité frugale y fait des merveilles.

Christian Kamayou, le fondateur de la plateforme MyAfricanStartup, vient de publier le premier palmarès des 100 startups où investir. Cet entrepreneur franco-camerounais qui a voulu donner aux jeunes entrepreneurs africains une visibilité à la hauteur de leur talent, nous livre une analyse éclairante sur un futur eldorado pour investisseurs curieux et entreprenants.

 

Infographie My African Startup FR

Christian, vous avez entrepris en France et vous avez rencontré des centaines d’entrepreneurs africains. Diriez-vous que les startupers français et africains entreprennent de la même façon ?

Assurément non ! Mettez-vous dans la peau d’un entrepreneur africain. Tout est plus compliqué qu’ailleurs. Transport, internet, banques, technologie…, le manque d’infrastructure est un frein immense. Et pourtant, ils réussissent, et même très bien pour certains d’entre eux, car l’adversité à laquelle ils doivent faire face en permanence se révèle être, paradoxalement, un formidable atout. Elle les oblige à une créativité à moindre coût, qui devient par conséquent accessible à tous. L’innovation africaine, par sa frugalité nécessaire, remplit donc toutes les conditions d’une adoption large et rapide.

Considérez ainsi le boom de la téléphonie mobile ; il a principalement trouvé son origine dans le faible développement des réseaux de téléphonie fixe et bancaire. Le paiement sur mobile est donc avant toute chose un business de substitution. Le manque d’agences bancaires a ouvert la voie du paiement 100% dématérialisé, et des sociétés comme M-Pesa au Kenya ont trouvé des opportunités à l’échelle d’un continent sur lequel vivent 1,2 milliards d’habitants.

Il y a donc, en Afrique, un gisement d’opportunités extraordinaires, mais il manque, pour l’exploiter, tout ce qui fait aujourd’hui la chance des entrepreneurs français ; d’une part un écosystème d’accompagnement (incubateurs, accélérateurs) structuré et compétent qui favorise et encadre la bonne exécution de l’idée ; d’autre part des profils de grande qualité, formés dans les meilleures écoles, et qui acceptent aussi de travailler des mois sans être payés lorsqu’ils sont couverts par Pôle Emploi…

Et puis cela va vous paraître sans doute saugrenu, mais imaginez-vous lancer une startup sans électricité disponible, ou alors avec un débit internet digne du 56 Ko du milieu des années 90…

L’entrepreneuriat à la française est un luxe inimaginable pour la plupart des africains !

Vous évoquez la frugalité comme source de créativité. L’abondance occidentale pourrait-elle donc, finalement, freiner l’innovation ?

Disons plutôt que l’abondance crée une innovation de plus en plus coûteuse, car de plus en plus complexe. On peut innover simplement en Afrique puisque tout est à construire. En Europe, en Amérique du Nord ou dans certains pays d’Asie, il y a tellement de choses qui ont déjà été faites, tant d’innovations développées et déjà obsolètes, que pour faire la différence, on est condamné à une surenchère d’expertise et de technologie. L’Afrique offre donc des opportunités d’investissement accessibles. Il n’y a pas besoin d’être riche en millions pour contribuer à une innovation utile à grande échelle.

Mais si l’on parle d’opportunités d’investissement, encore faut-il pouvoir identifier ces opportunités. C’est ce qui m’a poussé à créer MyAfricanStartup. J’ai voulu donner de la visibilité à des startups prometteuses auprès de ceux qui pouvaient les aider à se structurer et grandir. En d’autres mots, MyAfricanStartup va devenir un acteur clé pour valoriser l’innovation africaine, et aider à identifier et financer les vraies pépites de demain.

Pépite… on utilise couramment le mot pour évoquer une jeune entreprise à fort potentiel de croissance. Une pépite africaine ressemble-t-elle à une pépite française ?

La pépite africaine va apporter une réponse à des sujets auxquels on n’aurait jamais pensé, mais qui vont avoir un impact important sur la vie de millions de gens. Prenez par exemple la livraison d’une lettre ou d’un colis en France. Elle vous parait relativement simple : un nom, une adresse, une boite aux lettres… et le tour est joué. A présent, imaginez-vous être un livreur africain. Vous avez un nom, une adresse… sauf que vous avez un sacré problème : dans la plupart des villes et des villages, les maisons n’ont pas de numéro, et les rues pas de nom !

La startup kényane OkHI, fondée par Timbo Drayson et Wes Chege, a donc résolu le problème en proposant une application qui permet la reconnaissance visuelle des maisons. Chaque utilisateur du service s’enregistre en géolocalisant son domicile, puis en y associant la photo de son portail ou de sa porte de maison. Pour trouver le destinataire de votre colis, il vous suffira juste d’avoir une bonne vue. C’est diablement simple et imparable. Mais allez donc expliquer cela à des investisseurs français…

Vous venez de publier le premier palmarès des 100 startups africaines remarquables dans lesquelles investir. Pourquoi est-il temps maintenant plus qu’avant ?

Si l’on regarde quelques exemples récents de superbes réussites entrepreneuriales, elles ont, pour la plupart, été lancées ou financées par des entrepreneurs et investisseurs basés en Europe. Qu’il s’agisse de “l’Amazon” africain Jumia (lancé avec le soutien de l’allemand Rocket Internet), d’Afrostream (une plateforme de distribution de films et séries) ou encore d’Afrimarket (l’alternative à Western Union et spécialiste de l’envoi du bon d’achat en point de vente), l’initiative est à chaque fois venue de l’extérieur.

Leur réussite montre néanmoins une chose : la demande existe ! J’ai donc voulu faire en sorte que la réponse à la demande africaine relève d’une initiative africaine. Il fallait donner aux entrepreneurs africains les moyens de relever leurs propres défis.

Publier le palmarès des 100 startups africaines est une façon symbolique d’attirer l’attention sur le potentiel d’innovation de l’Afrique. Prenez Tony Elumelu, le milliardaire nigérian, chantre de l’africapitalisme. Convaincu que le développement de l’Afrique passera avant toute chose par les entrepreneurs africains, il a investi, au travers de sa fondation, 100 millions de dollars sur dix ans pour soutenir 10 000 entrepreneurs sur tout le continent africain. Son objectif : créer un million d’emplois d’ici à 2025. Nos démarches sont donc complémentaires : The Tony Elumelu Foundation investit jusqu’à 10 000 $ par projet, et MyAfricanStartUp recherche, chaque année, 100 startups très innovantes en termes de services ou technologie.

L’Afrique est donc en marche… et il y a tout lieu de penser que cela va se faire au pas de course. Je lance donc un appel aux Business Angels, investisseurs et gestionnaires de fond d’investissement en capital risque : ne tardez pas, car vous avez devant vous un marché désormais mûr, à l’ambition débordante…

 

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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