Devenir intrapreneur #4 : désobéir au langage inutile

Stéphane DEGONDE, publié le

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Ah ce fameux bon mot… vous savez, cette petite formule amusante, parfois grinçante, que vous avez lancée à votre collaborateur. Un trait d’esprit spontané, censé “amuser la galerie” autour de la machine à café, ou une formule toute faite, presque un réflexe, pour tenter de remobiliser ses troupes ou affirmer son autorité.

Des phrases a priori anodines se faufilent ainsi dans les couloirs de l’entreprise. Elles se transmettent, se répètent, se reformulent, agissant comme un virus à propagation rapide.

Qui parmi-nous peut ainsi jurer n’avoir jamais prononcé l’une des six formules suivantes ?

« Tu prends ton après-midi ? » : une question à la saveur du reproche déguisé pour souligner à votre collaborateur que quitter le bureau à 17h, au lieu des 20h habituels, ça frise franchement l’indécence.

« C’est pour hier ! » : un éclairage asséné à ce jeune effronté qui vous demande quand il doit vous remettre le dossier que vous avez eu l’intelligence de lui forwarder… Parce que les dossiers brûlants et pas cool, c’est quand même mieux quand ils sont portés par d’autres !

« Tu n’es vraiment pas assez corporate » : une formulation idéale pour souligner à votre N-1 que la demande qu’il vous adresse et les arguments qu’il avance vous indisposent. Ils sont quand même fatigants ces collaborateurs qui ont l’audace d’avoir raison.

« Sois force de proposition » : une phrase digne de Star Wars pour que le Luke Skywalker du bureau que vous êtes trouve la force des bonnes idées pour alimenter un manager qui n’en a plus.

Et puis, reine des formules, cette phrase magique devenue un vrai best seller dans les échanges professionnels : « On est dans une logique Win-Win ». Imparable ! Un jeu de dupe qui laisse seulement sous-entendre que pour l’un des deux, cela va quand même être beaucoup plus “Win” que pour l’autre. Et le plus savoureux dans l’histoire, c’est que chacun se pense alors l’élu du “Win”. L’entreprise, ça carbure aussi au paradoxe.

Mais il existe aussi d’autres mots, empreints d’abattement ou de fatalité, dont l’usage risque de déteindre sur ceux qui sont partout autour.

« De toute façon, quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse, ILS ont déjà décidé », que l’on pourrait faire suivre d’une conclusion presque évidente : « et ça m’arrange bien ! »

« On a toujours fait comme ça », une résignation, en apparence, qui pourrait être formulée différemment tout en disant la même chose : «J’ai une énorme flemme de changer».

« Encore un truc qu’on va abandonner dans 2 mois », qui donne à celui qui la prononce une excellente excuse pour ne rien faire aujourd’hui.

Il y a enfin ces autres phrases qui, à force de protéger de l’éventualité d’un échec, finissent par paralyser l’audace, et supprimer surtout toute possibilité de succès.

« Je n’ai pas fait tout ça pour risquer de tout perdre aujourd’hui » : une rengaine chère aux professionnels du plan de carrière dont le parcours, réglé comme du papier à musique, les mène confortablement sur un chemin sans surprises.

« Une règle de base : succès visibles, ratés cachés » : une stratégie comme une ligne de conduite pour ceux que les postures politiques inspirent.

Des petites phrases toutes simples comme celles-ci, il y en a des milliers dans l’entreprise. Elles ne veulent à priori rien dire, mais elles en disent pourtant beaucoup.

Elles rythment le quotidien de collaborateurs qui, à force de les entendre ou de les diffuser, finissent par créer les conditions d’un désengagement collectif, notamment pour trois raisons :

– Elles ne délivrent aucun message vraiment positif par leur caractère souvent culpabilisant.

– Elles ne fédèrent pas et tendent à neutraliser l’esprit de collaboration.

– Elles décrédibilisent surtout, un peu, voire même beaucoup, celui qui les émet.

Il existe pourtant tellement d’autres messages permettant de créer les conditions de l’initiative et encourager la posture entrepreneuriale.

Si c’est aussi en changeant son propre langage que l’on participe activement à la transformation durable de son entreprise, quels seront donc, demain, vos premiers mots en arrivant au bureau ?

 

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4 commentaires

michelle

Il y a une phrase culte également « cette après midi j’ai piscine » je l’adore.
Très bon article merci


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cathy

Excellent !!


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Cédric

Dingue, c’est tout à fait ça ! Et je plaide coupable pour au moins la moitié des expressions. Mais cela a eu le mérite de me faire réfléchir … je crois que j’éviterai à l’avenir.


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Ledbereth

Oui… et non… J’ai entendu ces phrases mais dans de grandes entreprises, prononcées par des cadres principalement. Dans les petites entreprises, ou tout le monde fait tout, il vaut mieux éviter les petites phrases vexatoires ou stériles car en effectif réduit, ça se retourne rapidement contre vous.


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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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