Le Père Noël est-il un entrepreneur ?

Stéphane DEGONDE, publié le , mis à jour à

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C’est un drôle de bonhomme à la tête d’un business à l’enjeu considérable ; un patron noyé dans une barbe immaculée, devenue, au fil du temps, une signature presque universelle. Son défi est le match d’un soir, dont il endosse, seul, l’immense responsabilité. Rendez-vous compte, 2 milliards de grands et de petits qu’il faut livrer le temps d’une nuit. Le 1/3 de la planète célèbre Noël, ça en fait du monde à satisfaire… Une promesse à priori insurmontable pour un objectif totalement fou : pailleter de magie l’imaginaire de l’enfance.

A l’heure des derniers préparatifs, dans l’effervescence des décisions à prendre et le tourbillon des ultimes réglages à effectuer, dans l’ambiance survoltée d’un coin de Grand Nord qui doit surchauffer d’activités sous son manteau de neige, une question presque évidente m’est venue à l’esprit : le Père Noël est-il un entrepreneur ?

 1/ Oui, car le Père Noël a une Vision.

Et pas n’importe laquelle d’ailleurs, une Vision majuscule : rendre les gens heureux, généreux, bienveillants et profondément humains, ne serait-ce que le temps d’une nuit. Rien que ça !

Une Vision qu’il défend, fidèle à ses engagements, sans vaciller devant les épreuves que parfois les hommes s’infligent au nom de causes obscures. Une Vision qu’il conduit dans le temps, sans laisser le poids des ans en atténuer la force et la grandeur. Une Vision, ou plutôt un idéal, pour lequel il s’engage inlassablement et sans compter. Une Vision au message simple et fédérateur, facile à comprendre et donc à partager.

2/ Oui, car le Père Noël voit grand.

2 milliards de personnes à livrer le temps d’une seule nuit : le défi logistique est hors normes ; c’est bien simple, le Père-Noël n’a pas le droit de se tromper ! S’arrêter à la bonne adresse, choisir les bons colis, escalader une façade et descendre par la cheminée, le tout sans chuter, déposer les cadeaux dans les chaussettes qui les attendent en s’interdisant la possibilité du mélange, économiser chaque geste pour ne pas gaspiller son temps, remonter par la cheminée puis sauter dans son traineau sans tomber à côté, démarrer, s’arrêter, puis recommencer : re-escalade, re-cheminée, re-chaussettes…, et cela des milliards de fois.

Être Père Noël, c’est avoir processé à l’extrême la gestion du dernier kilomètre ; c’est renvoyer les drones d’Amazon à l’ère de la préhistoire.

3/ Oui, car le Père Noël a fait de la frugalité son mode de vie.

Sérieusement, vous l’imaginez confortablement installé dans un chalet de luxe à Megève, vêtu d’un peignoir rouge et alternant les séances de massage aux huiles essentielles et les bains bouillonnants ? Vous le voyez exiger le confort d’une première classe aérienne, riche de ses coupes de champagnes et de ses mets étoilés, pour honorer sa tournée des cheminées ? Vous pensez, enfin, qu’il gare son traineau avenue Montaigne, chaque 26 décembre, pour constituer sa nouvelle garde-robe et remplir son dressing d’étoffes précieuses et de cols d’hermine ?

Rien de tout ça ! Le Père Noël a fait de la frugalité la base de son projet de vie : une maison-bureau sans chichis ni vanité, que la latitude isole et qui n’offre ni adresse de prestige ni moquette épaisse ; un salaire réduit à son strict minimum parce que la pérennité de l’entreprise prime sur tout ; des lutins travailleurs, engagés et motivés, tout juste diplômés, pour qui “l’expérience Père Noël” représente une formidable opportunité : celle d’être très vite responsabilisés. Le Père Noël a fait du bon sens et de l’inventivité le moteur de son action. Et vous conviendrez qu’il fait des merveilles…

4/ Oui, car le Père Noël est un as du personal branding.

C’est qu’il en a des concurrents, le Père Noël. Il n’y a qu’à voir le nombre de cagnottes en ligne qui se sont créées ces dernières années : fêtes, anniversaires, pendaisons de crémaillère, départs en retraite, les occasions de cadeaux sont quasi quotidiennes. Pourtant, nul autre événement n’a son pareil pour susciter l’attente, créer l’étincelle… et vider les comptes en banque.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, le Père Noël a un secret : il a su jouer la carte de la différenciation en misant tout sur l’expérience client. Le Père Noël ne livre pas des cadeaux, il ne rend pas un service, il raconte une histoire, il parle de traineaux, de rênes et de lutins, il offre un voyage au pays Féérie. Il a su créer le Graal aussi, une signature reconnaissable entre mille : une barbe et un manteau rouge identifiables au premier regard. Le Père Noël maitrise comme nul autre les codes du marketing de lui-même.

5/ Oui, car le Père Noël sait susciter la demande.

Le Père Noël n’offre pas, il répond à une demande, immense, celle d’une clientèle captive, fidèle, qui attend son passage, avec impatience, 364 jours par an ; une clientèle qui parle de lui, qui partage son histoire et nourrit le rêve qu’il représente. Le message est transmis, d’années en années, de générations en générations. Le Père Noël a su faire de ses clients ses meilleurs ambassadeurs.

6/ Oui, car le Père Noël a su créer une équipe de choc.

Vous êtes vous déjà demandés ce que serait le Père Noël sans son équipage de rennes infatigables, endurants et surentrainés ? Être un renne de Père Noël, c’est devoir multiplier les accélérations avec un traineau plein à ras bord, gérer les arrêts soudains, repartir sans tarder, alterner efforts intenses et courtes périodes de récupération ; un renne de Père Noël, c’est un sportif de haut niveau au geste précis et à la foulée audacieuse ; il est l’élément indispensable pour que la formidable machine “logistique et transport” se mette en mouvement.

Et puis il y a les lutins. Certes, ils ne sont ni les plus grands ni les plus forts, mais la puissance du collectif leur fait accomplir des choses extraordinaires. Joyeux et facétieux, ils infusent dans “l’entreprise Noël” cette dose de légèreté nécessaire pour affronter les risques et surmonter la pression. Ils s’entraident et se complètent, ils agissent sans se perdre dans d’interminables réunions, ils privilégient l’expérimentation aux longues intentions. Ils sont cette richesse qui aide à écrire les belles histoires.

7/ Oui, car le Père Noël a su emporter l’adhésion de ses proches.

Ah mais que serait le Père Noël sans la Mère Noël à ses côtés ? Soutien indispensable, elle l’aide à surmonter les crises de doute estivales quand l’absence d’activité le détourne de ses grandes ambitions ; elle lui fait comprendre la nécessité du recul et des moments de pause ; elle apporte parfois, par sa seule présence même silencieuse, la sérénité qui contribuera aux bonnes décisions.

Peut-être trouvait-elle son projet totalement déraisonnable d’ailleurs. Aussi, conscient qu’un projet auquel on n’adhère pas est probablement mal formulé, le Père Noël a repris son concept, rebossé son pitch, soigné son message, et fini par trouver les bons mots qui font mouche pour un soutien sans faille. Si le pied du sapin est donc si bien garni, et que les yeux des enfants brillent avec autant d’éclat, c’est un peu, voire beaucoup, grâce à la Mère Noël, ne l’oublions pas !

8/ Oui, car le Père Noël affiche un sourire imperturbable.

Observez-le, rien ne semble l’atteindre malgré la complexité infinie de sa tâche et les questionnements qui l’assaillent. Vous-êtes vous déjà demandés s’il y avait un risque qu’il ne remplisse pas sa mission ? JAMAIS !  Par sa posture rassurante et le sourire qu’il arbore en toutes circonstances, le Père Noël inspire confiance. Nul doute que les cadeaux seront produits à temps, nul doute qu’aucune panne de traineau ni grève de rennes ne viendra enrailler la formidable machine. Son air serein, sa capacité à bien s’entourer et à trouver une solution, quoi qu’il arrive, font qu’aucun de nous ne s’inquiète vraiment.

Conclusion : le Père Noël est bien un entrepreneur !

Soyez donc rassurés : une fois encore, la magie de Noël opérera dans la nuit du 24 au 25 décembre.

Joyeux Noël.

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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