Innovation : des entrepreneurs pour revitaliser les actifs oubliés de l’entreprise !

Stéphane DEGONDE, publié le

fotolia - Blow dust from pages

(article co-écrit avec Mehdi Benbouali*)

Quand on pense innovation, “invention” est souvent le premier mot que nous lui associons. Technologie, procédé, application, usage, business model et bien d’autres sujets encore, on se plait souvent à encenser ce qui a le goût des révolutions. L’engouement pour l’entrepreneuriat en mode startup en est d’ailleurs la parfaite expression, presque une injonction : partir de zéro, sans business model, mais avec une technologie “disruptive” qui suscite l’intérêt des investisseurs et promet un développement fulgurant à l’international. Bref, entreprendre comme un coup de poker !

Considérer ce schéma startup comme la seule façon d’entreprendre, c’est pourtant passer à côté de bien des opportunités, et ce pour trois raisons :

– L’inventeur ne fait pas forcément le bon entrepreneur, et inversement.

– L’invention, aussi révolutionnaire soit-elle, n’a pas toujours d’application véritable.

– La meilleure des inventions existe souvent déjà et n’est qu’une adaptation. C’est ainsi dans l’observation du vivant que l’homme a puisé ses meilleures idées de progrès. L’homme a utilisé et copié, sans jamais toutefois l’égaler, un actif existant, celui de la nature, pour innover et tenter d’améliorer son existence. Le biomimétisme est cette science qui relie l’esprit de l’homme à l’intelligence hors norme du vivant, qu’il soit végétal ou animal.

On peut donc innover en réutilisant l’existant, ou plutôt en revitalisant l’existant, car dans bien des entreprises un nombre significatif d’actifs, oubliés ou négligés, sommeillent sans rien rapporter. Marques anciennes non exploitées (de surcroit exposées à une action en déchéance en cas de non exploitation avérée de plus de 5 ans), moules industriels stockés dans la poussière d’un entrepôt, brevets et droits de propriété intellectuelle ignorés, ou encore réserves foncières non utilisées (elles pourraient pourtant offrir de belles opportunités en matière de développement durable : panneaux solaires, ruches, agriculture urbaine), les exemples sont innombrables…

Combien d’entreprises passent ainsi à côté d’une richesse qu’elles ignorent ou dont elles n’entrevoient pas le potentiel ? Probablement toutes, si l’on prenait le temps d’auditer de façon exhaustive leur portefeuille d’actifs ; ces actifs ne sont d’ailleurs, pour bon nombre d’entre eux, pas inscrits au bilan de l’entreprise qui les détient, pour la simple et bonne raison qu’ils sont considérés comme des non-valeurs (ils ne génèrent pas de cash-flows futurs et ne peuvent donc être valorisés). Pire encore, ils constituent pour certains un facteur de coût, car même dormants, il faut parfois continuer à les faire vivre, les maintenir ou les stocker. Revitaliser ces actifs, pourraient permettre à l’entreprise de créer les conditions d’une nouvelle dynamique d’innovation, puisant dans ses racines et son histoire, et fédérant les collaborateurs qui la composent.

Il y a une autre richesse, immense, à côté de laquelle on passe sans même y prêter véritablement attention, ou alors du bout des lèvres, pour donner un peu d’expression aux bonnes intentions : une richesse humaine, audacieuse, curieuse et sensible aux nouvelles technologies ; une population forte de ses réflexes agiles et de son pragmatisme ; des hommes et des femmes qui ont l’expérience de la création d’entreprise, de ses difficultés aussi. On apprend plus de ses échecs que de ses victoires ? 63.000 entrepreneurs apprennent donc beaucoup chaque année, et pour une bonne raison : ils ont fait faillite ! Combien d’entrepreneurs de startup seront, dans les années à venir, confrontés à la liquidation de leur société ? De plus en plus assurément, au vu de l’engouement pour cette nouvelle forme d’entrepreneuriat ; des profils de valeur qui devront réinventer un parcours professionnel.

Quel est le lien alors entre ces deux mondes, entre les entrepreneurs post-faillite – ou en rebond – et les actifs oubliés ? Un lien évident quand on y réfléchit bien : leur rencontre contribuerait à la transformation des organisations.

L’idée est donc de créer une plateforme qui relie les entrepreneurs en rebond et les grandes entreprises/ETI, pour identifier les actifs oubliés et faire émerger leur potentiel d’innovation ; un dispositif en parfaite résonance avec la philosophie du “Give back to community” à laquelle de plus en plus d’entreprises – et leurs directions RSE – sont sensibles.

En adhérant de façon active à ce dispositif, l’entreprise répond ainsi à certains de ses enjeux de responsabilité sociétale ; elle se crée un nouveau champ d’innovation en allant chercher de la valeur dans ce qui n’en avait plus, ou qui coûtait dans le plus défavorable des cas ; elle se donne la possibilité, en intégrant des “disrupteurs” au regard neuf, d’infuser l’esprit d’entreprendre et une nouvelle façon de penser et d’agir dans son organisation ; elle amorce ainsi sa vraie transformation, celle de sa culture et de sa capacité d’innovation.

La mise en œuvre des projets ainsi identifiés peut se faire sous des formats multiples :

– en interne, portés par l’entrepreneur ou des collaborateurs de l’entreprise

– ou à l’extérieur de l’entreprise, dans une vraie logique d’essaimage dit “à froid” – ou stratégique –, autrement dit en accompagnant des collaborateurs dans la création d’une entreprise dédiée au projet d’innovation ; un procédé qui revient alors à externaliser l’innovation tout en créant des passerelles vertueuses entre le ou les collaborateurs accompagnés, et l’entreprise “essaimante”. C’est, pour cette dernière, le moyen de créer des satellites d’innovation dans son écosystème, de contribuer à la création d’emplois futurs, et de soutenir l’audace entrepreneuriale.

Par ailleurs, en proposant à l’entrepreneur qui a chuté, une première mission (normée en terme de durée et de salaire), on lui offre le cadre indispensable pour bien se reconstruire :

– Un objectif (une mission)

– Un nouvelle utilité (une valeur à créer)

– Une existence sociale (une activité)

– Une considération (un contrat)

– Une sécurité financière (un salaire)

– Des obligations (des horaires)

– Des garde-fous (sécurité sociale + cotisation chômage)

– Le tout dans un cadre entrepreneurial auquel il reste attaché…

Supporter ou s’associer à ce dispositif serait aussi une superbe opportunité pour des tiers, qu’ils soient cabinet conseil (pour accompagner les missions d’audit des portefeuilles d’actifs, et donc engager aussi un nouveau dialogue avec des clients et prospects propices à la création de futures opportunités business), investisseur public (pour contribuer à la dynamisation de l’innovation), fonds d’investissement (pour identifier des gisements de valeur non exploitée) ou encore associations d’aide au rebond (pour revitaliser des entrepreneurs en difficulté).

Tout le monde s’y retrouve ! On y va ?

*Mehdi Benbouali, Directeur Associé de Vallée Atlantique SAS, entreprise de bâtiment en second œuvre et ancien directeur financier de filiales de groupe – Vivendi-Canal+, Cable & Wireless – dans le secteur des medias et télécoms

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

A propos de l’auteur

Dernière publication

Stephane Degonde

Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

Stéphane Degonde sur le web

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Retour vers le haut de page