« En quoi puis-je vous aider ? »

Stéphane DEGONDE, publié le

Man on a seat lost at sea

Depuis combien de temps ne l’avez-vous pas prononcée cette question apparemment toute simple ? Allez, poussons même la provocation un peu plus loin : l’avez-vous seulement susurrée au moins une fois ? La question paraît effectivement élémentaire, mais la réponse sacrément compliquée, à bien y réfléchir…

Et pourtant, dans une économie en crise marquée par une courbe du chômage qui ne se retourne pas, par des faillites d’entreprises qui se maintiennent à un niveau historiquement élevé (62.863 comptabilisées d’août 2014 à août 2015¹) et par la multiplication des annonces de plans sociaux (Air France et 3 Suisses pour les derniers en date), cette question semble plus que jamais d’actualité. Combien sont-ils, où sont ils et qui sont-ils, ces salariés licenciés ou ces entrepreneurs qui ont failli ? Au risque de surprendre, ils sont nombreux, très nombreux ; ils sont partout autour ; ils sont nos amis et voisins, nos ex-clients, ex-collaborateurs ou ex-collègues de bureaux. Une population “d’ex”, souvent discrets, déstabilisés, voire durablement fragilisés pour certains ; d’anciens professionnels, courageux, sérieux et performants, enfermés dans une nouvelle solitude à laquelle, bien souvent, l’échec condamne. Ceux qui ont donc besoin d’aide sont à portée de voix et de regard, et pourtant, c’est comme si l’on ne les voyait pas… Mais fait-on vraiment l’effort de voir ? Prenons le cas des entrepreneurs, l’audace a cela de paradoxal qu’elle est louée quand tout va bien, mais tenue à distance quand l’échec est sa sanction…

A l’heure ou le phénomène d’Uberisation est dans tous les esprits, et tout particulièrement dans ceux des dirigeants qui voient leur modèle économique bousculé par une nouvelle façon de délivrer un service – l’aide entre individus grâce au digital –  il m’a semblé utile de se poser une question essentielle : sommes-nous réellement concernés par l’aide véritable ? Celle qui redonne de la dignité, de la perspective et des projets ; celle qui, après les épreuves et la déstabilisation, installe dans une nouvelle confiance ; celle, enfin, qui autorise la vérité et la sincérité de l’échange…

“En quoi puis-je vous aider ?”, c’est offrir un cadeau immense en 6 mots, en donnant à celui qui les reçoit une autorisation : demander de l’aide, au delà de la gêne et de la honte, de la pudeur parfois excessive, de la peur d’indisposer et la crainte d’être jugé.

Mais poser cette question, c’est aussi prendre un engagement : endosser une nouvelle responsabilité ! Car se limiter à la question ne suffit pas. Ce serait quand même bien facile de se complaire dans la seule générosité des mots…

Proposer son aide, c’est donc :

– Se mettre en situation d’écouter, et plus exactement de prendre le temps de bien écouter, autrement dit se placer en situation d’écoute active pour envoyer les signaux de la confiance et de la curiosité accordée.

– C’est aider à reformuler le message qui vous est délivré, sans impatience ni critique hâtive et définitive, car il y a de bonnes raisons pour qu’il soit maladroit, peu clair et plein d’utopie. On n’est pas fragilisé sans conséquences.

– C’est enfin agir, vraiment : ouvrir son carnet d’adresse, introduire et recommander auprès d’un ou deux contacts clés ; proposer une mission rémunérée, sur un sujet même anodin, à un entrepreneur qui n’a plus ni entreprise ni ressources ; questionner ses réseaux, parler autour de soi de cette personne qui a sollicité votre aide ; c’est finalement créer les conditions pour faciliter le retour de celui qui a chuté, et maximiser ses chances de réussite.

C’est au travers des mots de Pierre Rabhi, dans son dernier livre, passionnant et éclairant, intitulé Vers la sobriété heureuse, que j’ai retrouvé la légende du colibri ; un conte amérindien rempli de sagesse sur la force de la contribution individuelle, même minuscule en apparence.

“Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part ».”

“En quoi puis-je vous aider ?”

Allons, regardez partout autour de vous, armez vous de courage et de vraies bonnes intentions, et prononcez ces quelques mots, avec bienveillance et intérêt, une étincelle dans le regard et le projet d’aller au bout de la promesse d’engagement ; prononcez-les sans hurler pour qu’on vous entende (la vanité serait mal placée) ni trop faiblement pour que vos mots se perdent… Dites le avec votre ton, celui de votre vérité, celui de votre sincérité.

“En quoi puis-je vous aider ?”

Chacun sa part. Et vous allez voir, tout va changer !

 

¹ source Banque de France – information publiée le 6 novembre 2015

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

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