Vous n’avez pas besoin d’être une startup pour fonctionner comme une startup !

Stéphane DEGONDE, publié le

Start Up Business Launch Success People Friendship Concept

Louis Carle co-dirige un media pas comme les autres, un magazine devenu référence dans l’univers bouillonnant des startups et des grandes ambitions, avec une particularité : il ne parle pratiquement que de bonnes nouvelles ! Créations, levées de fonds, nouveaux marchés, innovations, Maddyness tourne à l’énergie positive et diffuse ces informations qui rendent la France audacieuse.

Passionné par ce qui réinvente l’économie, les hommes et leurs innovations dans un univers numérique, Louis Carle a créé Maddyness en 2011, très vite rejoint par Etienne Portais, l’associé de cette belle aventure. Magazine web d’information, Maddyness est aussi un éditeur ; la deuxième édition de BackPack, le guide pratique à usage des entrepreneurs, qu’ils ont conjointement publié avec La Petite Etoile, sort le 15 septembre prochain.

Je suis donc allé à la rencontre d’un regard singulier et informé sur les startups. Bonne nouvelle, vous n’avez pas besoin d’être une startup pour fonctionner comme une startup !

Maddyness est le magazine des startups françaises. Maddyness est-il une startup ? 

La question est complexe, tant la notion de startup est aujourd’hui galvaudée.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous nous sommes prêtés, en juillet dernier, à un exercice intéressant : demander à chacun de nos collaborateurs de livrer sa propre définition d’une startup, et tenter, collectivement, de proposer une définition qui fasse consensus. Le résultat fut riche d’enseignements : bien que nous soyons tous des experts de cet écosystème, nous avions tous une définition différente… dans les détails ! En revanche, sur le fond, nous étions globalement d’accord : «une startup est une entreprise qui repose sur une technologie innovante, qui n’a pas encore atteint sa masse critique, et dont le business est scalable».

Sur la base de cette définition, ni Google ni Maddyness ne sont donc des startups !

Pour le formuler un peu différemment, nous sommes un media traditionnel avec un ADN de startup. Autrement dit, nos méthodes de travail, notre organisation et notre management, notre politique d’innovation, nos sujets d’intérêt, la rapidité avec laquelle nous nous transformons, notre culture du test permanent, et l’agilité dont nous essayons de faire preuve dans notre développement, font de nous une entreprise qui fonctionne comme une startup, mais qui n’est pas une startup. Un schéma et une culture qui sont donc potentiellement applicables dans bien d’autres organisations, petites ou grandes…

L’écosystème startup est riche d’innovations, de réseaux, de nouvelles façons de penser et agir. Etre quotidiennement à son contact, c’est aussi le voir évoluer, se réinventer et faire face à de nouveaux enjeux. En quoi est-il en train de changer selon toi ? Quels sont ses grands enjeux pour demain ?

Les deux plus grands changements auxquels nous assistons aujourd’hui concernent l’explosion des structures d’accompagnement (incubateurs, accélérateurs) et l’évolution du profil des entrepreneurs.

Il y a 8 ans, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à cet univers, il n’y avait aucune information ou réelle actualité sur l’accompagnement et le financement. Aujourd’hui, des startups se créent tous les jours, et il y a une réelle prise de conscience collective sur la nécessité d’injecter des fonds dans cet écosystème. Ce monde bouge parce que les mentalités évoluent, et parce qu’entrepreneurs et investisseurs rament ensemble et dans le même sens.

Par ailleurs, le profil des entrepreneurs a profondément changé. Hier, ils étaient majoritairement jeunes, issus des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs. Ils sont aujourd’hui juniors autant que seniors, car le rapport au risque a changé. L’accompagnement et les possibilités de financement accrues ont démocratisé la démarche d’innovation entrepreneuriale.

La question qui se pose dorénavant est celle de la gestion de l’échec. Allons-nous, par la loi du nombre, faire face à un taux d’échec plus important ? Il est trop tôt pour le dire, et la mesure sera dans tous les cas difficile. Pour deux raisons : il n’existe pas de code APE pour les startups, et être une startup n’est pas un statut durable… L’analyse de l’échec sera donc toujours subjective.

S’agissant de demain, j’entrevois trois enjeux majeurs :

– Renforcer le financement, car la France reste encore en deçà de son potentiel en matière d’attractivité, notamment par rapport à l’Allemagne ou le Royaume Uni. Le vrai danger : que les startups françaises s’expatrient pour se donner toutes les chances d’un développement significatif.

– Identifier très tôt et soutenir massivement ces futures « Licornes » qui donneront de la vitalité à l’économie, qui contribueront à doper l’initiative et ouvriront de nouveaux marchés à l’international. Nous n’avons pas encore suffisamment de vraies valeurs emblématiques telles que Ventes-Privées, Criteo, BlaBlaCar ou Sigfox. En France, nous attendons qu’un entrepreneur ait déjà réussi pour prendre le risque d’investir sur ses autres projets. C’est tout l’inverse qu’il faudrait faire : investir sur la promesse de sa première réussite future.

– Enfin dernier point, encourager et faciliter l’entrepreneuriat des femmes et des personnes issues de la diversité.

Des questions se posent évidemment encore. Si nous sommes presque certains que nous ne sommes pas dans la même situation qu’en 2000, principalement grâce à un marché numérique plus mature, nous ne connaissons pas encore l’apport économique réel à moyen/long terme de ces jeunes pousses sur notre croissance. Elles en bouleversent les codes, mais ne risquent-elles pas détruire de la valeur dans notre système ? Ainsi, quel sera le ratio « emploi créé par les startups/celui des secteurs disruptés détruits » ? Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, pleine de changements, dont il nous faudra sans doute aussi amortir les effets non initialement anticipés.

Maddyness est devenu, en très peu de temps, un média référent, dans un monde d’information marqué par l’abondance, la multiplicité des sources et des relais. Comment s’installe-t-on dans un paysage ultra-concurrentiel ? Quelle est ta vision pour devenir un média incontournable ?

Il me semble que Maddyness répondait à un besoin : celui, pour les entrepreneurs, d’un média de qualité, adapté au numérique et aux nouveaux usages, et traitant de toute l’actualité de leur écosystème. En cela nous étions spécifiques dans le paysage médiatique, avec un contenu très ciblé. L’adhésion s’est donc faite rapidement et presque naturellement.

S’agissant de notre futur, nous misons beaucoup sur le contenu, sur la qualité et la véracité de l’information diffusée. L’enjeu est ambitieux, livrer une information vraie, indépendante et vérifiée, toute en garantissant sa “fraicheur”… C’est donc un arbitrage quotidien entre le temps court de l’actualité (impératif de réactivité) et le temps long de la qualité (garantie de véracité).

Tu es aujourd’hui chef d’entreprise. Qu’as-tu découvert, dans cette nouvelle expérience de vie professionnelle, que tu n’aurais pu imaginer ?

Maddyness part d’une idée toute simple : aider les entrepreneur ! Je partageais avec Etienne Portais, qui est devenu mon associé, le goût d’écrire sur l’écosystème des startups. Nous le faisions chacun de notre côté, nous avons donc décidé de nous rapprocher.

Ce que j’ai découvert de plus fort dans cette aventure entrepreneuriale est sans aucun doute la nécessité d’écrire une histoire qui te ressemble. Cela d’ailleurs été très tôt notre objectif commun : il fallait que Maddyness nous ressemble !

Deuxième découverte : il n’y a ni règle ni vérité dans le business. C’est la première réponse que j’apporte lorsque l’on me demande de donner des conseils à des entrepreneurs. En d’autres mots, soyez incarné, devenez celui que vous êtes dans toute votre vérité. Normalement, tout devrait bien se passer.

Enfin, je n’avais sans doute pas imaginé l’implication que demande la création d’une entreprise. C’est une aventure difficile qui s’entremêle à la vie de son créateur, pour le meilleur ou pour le pire. Mais bonne nouvelle, c’est surtout pour le meilleur !

Quelle autre expérience d’entrepreneur (nouvelle création ou reprise) rêverais-tu vivre ? Et pourquoi ?

Je n’ai pas d’autre envie que de vivre celle-ci jusqu’au bout. C’est finalement assez raisonnable… Ensuite, il sera toujours temps de voir. Une aventure e-commerce me tenterait bien. Ce serait un challenge fort et passionnant, tant cette configuration d’entreprise diffère de celle que je dirige aujourd’hui.

www.maddyness.com

 

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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