Et si les managers réveillaient l’audace en entreprise ?

Stéphane DEGONDE, publié le , mis à jour à

#JoseEntreprendre

 

«Nous voulons que nos collaborateurs agissent comme des entrepreneurs !» Voici en substance ce à quoi bien des Directions Générales et DRH de grandes organisations – privées ou publiques – réfléchissent aujourd’hui. L’audace et l’initiative sont dans l’air du temps ; la mode est à la startup, à ces structures légères et agiles qui font du temps court, de l’expérimentation et de l’ambiance de travail ludique et décomplexée, la clé de voûte de leur développement ; les jeunes d’aujourd’hui rêvent de devenir acteur du changement et un documentaire sur le bonheur au travail nous rappelle que seuls 11% des actifs français se lèvent le matin avec le sourire… On semble ainsi découvrir, ou redécouvrir si nous l’avions oublié, l’existence d’un lien étroit entre « avoir des projets », « exprimer sa créativité », « prendre du plaisir » et « se montrer performant ». On redécouvre, en somme, les vrais ressorts de l’audace et de la réussite.

Mais si l’idée de transformer les salariés en intrapreneurs parait louable, utile et sans doute nécessaire à bien des égards, une question, toutefois, prédomine : comment faire en sorte que ces mêmes salariés s’autorisent l’audace, intègrent la prise de risque, s’approprient l’inconnu lié à toute initiative, et acceptent l’éventualité de l’échec ? Pas simple lorsque la compétition entre collaborateurs a été érigée comme une vertu et que tout écart, raté ou faiblesse est stigmatisé ou sanctionné ; pas simple encore lorsque l’énergie et l’engagement de l’entreprise ne servent qu’un seul objectif : atteindre coûte que coûte un résultat attendu ; pas simple enfin lorsque l’on parle « carrière » et que l’on conçoit son parcours professionnel comme une construction linéaire, succession de passages obligés et d’étapes validées (« on n’a quand même pas fait tout ça pour risquer de le perdre »). Le salarié est un audacieux de nature dont on a déformé les rêves à l’aune du profit maximisé, de l’excès de contrôle, et du taylorisme.

Pour amorcer le changement, on rivalise alors d’imagination et d’ingéniosité. De séminaires en kick-off, l’audace est approchée et mise en scène sous toutes ses formes : aventure, sport, théâtre, jeux… On fait passer des messages forts, et pourtant l’on passe à côté de l’essentiel : c’est dans le quotidien des hommes et de l’entreprise que se joue la transformation entrepreneuriale. Et c’est par les dirigeants et managers que celle-ci pourra infuser toutes les strates de l’entreprise ; des actions fortes, concrètes et duplicables pour changer durablement les états d’esprit, lever les peurs et favoriser la mise en mouvement et l’expérimentation.

Osez le recrutement décalé

Bannir le réflexe du « recrutement équivalent » qui part du principe que le meilleur profil à recruter occupait la même fonction ailleurs. En cherchant l’adaptabilité instantanée – un professionnel 100% opérationnel tout de suite – on se coupe d’une vraie richesse, celle de celui qui ne sait pas. Car hors de sa zone de confort, le novice doit apprendre vite, se montrer imaginatif et donc se poser les bonnes questions pour accélérer cet apprentissage ; c’est un excellent moyen pour évacuer les pratiques inutiles et les mauvaises habitudes dont l’accumulation pollue aujourd’hui la fonction. Il fera preuve, qui plus est, d’une plus grande motivation ; en lui confiant un poste nouveau pour lui, c’est une marque de confiance qu’on lui accorde, et la chance de progresser et d’apprendre.

Un entrepreneur apprend à développer et diriger son entreprise sur le tas, et c’est ce qui fait toute la magie de l’aventure. Offrez donc de la magie à vos collaborateurs !

Permettez l’échec à répétition

Le rapport à l’échec change, même dans une société comme la nôtre, pourtant gouvernée par la quête d’excellence, par le résultat qui sanctionne, et par le passif durable des erreurs commises. Mais si échouer est dorénavant considéré comme un excellent moyen d’apprendre, une rengaine de manager continue à troubler les esprits des apprentis audacieux : «on peut échouer une fois mais il est interdit de faire deux fois la même erreur». Avouez qu’il y a de quoi rester paralysé après avoir rencontré son premier accident de parcours… Formuler une telle sentence, c’est oublier la disposition de l’Homme à reproduire des scénarios, même les plus négatifs (toujours les mêmes rencontres dans sa vie amoureuse, alors qu’on les sait toxiques ; toujours le même défaut technique en sport alors qu’on a pourtant visionné, revisionné et compris les raisons du mauvais geste, etc.). Il faut parfois du temps au corps et aux sens pour transformer la compréhension et l’intention en réalité.

Autorisez la possibilité des erreurs répétées, c’est la confiance et le plaisir que vous insufflerez. Deux clés indispensables pour réussir.

Offrez l’évasion

Le voyage est une belle métaphore pour parler d’entrepreneuriat et d’audace. Quand on voyage, on s’expose à l’inconnu et aux opportunités, on se confronte à d’autres cultures, on ouvre ses sens à de nouvelles expériences, on questionne son imaginaire. Prenez à présent un cadre salarié se rendant tous les jours de la même façon, au même endroit, et pour une journée complète dans le même bureau. Ses relations sont ses voisins de bureaux : toujours les mêmes. Ses semaines se déroulent selon le même schéma : toujours le même. Et l’on voudrait le voir penser out of the box, prendre des initiatives, voire se mettre en risque ? Impossible !

C’est en changeant physiquement de cadre, en cassant les rythmes et en renouvelant les rencontres que les opportunités se créent. Favoriser les rencontres « inter-services », déstructurer les hiérarchies, assouplir les rythmes de travail, autoriser le télétravail, créer les conditions d’un meilleur équilibre entre temps productif et temps réfléchi… autant de pistes pour libérer la pensée et nourrir les bonnes idées.

Poussez les collaborateurs hors de leurs bureaux. C’est aussi en flânant, sans raison ni objectif, que l’on redonne de l’air à ses envies.

Valorisez le chemin individuel

Prenons un cas concret : un collaborateur se voit confier la responsabilité d’un projet. C’est un sujet ambitieux, qui va nécessiter sa plus grande implication pendant quelques mois. Ce collaborateur sérieux s’investit, organise, structure, construit, fédère ; il s’expose aussi, perçu par tous comme le porteur du projet, garant de sa bonne mise en œuvre et de sa réussite. Puis après des mois d’efforts vers un aboutissement chaque jour plus proche, le couperet tombe, brutal, inattendu, forcément injuste : le projet est abandonné ! La raison ? Il ne la connait pas. Changement de stratégie ? Réduction de budget ? Remise en question de sa propre capacité à mener à terme un projet si ambitieux ? Il ne le sait pas. Son manager lui a appris la nouvelle en le croisant dans le couloir : « ah, au fait, ton projet est abandonné ». Rien de mieux pour terrasser les audaces futures… L’erreur commise n’est pas l’abandon du projet, ni même, pourrait-on dire, la forme de sa communication. Il y a erreur lorsqu’on n’insuffle pas dans l’entreprise, et auprès de chaque collaborateur, l’idée de l’expérience, la chance « égoïste » de travailler sur un projet, l’importance presque secondaire du résultat. S’investir personnellement, quel que soit le sujet, c’est l’opportunité d’apprendre, de rencontrer, de tester ses connaissances et de les porter plus loin encore, de gagner en maturité, de se faire plaisir. C’est cette récompense que l’entreprise offre et garantit à ses salariés lorsqu’elle leur propose la responsabilité d’un projet. Pourquoi ne le clamerait-elle donc pas haut et fort, plutôt que d’attendre un résultat qui, lui, n’est jamais garanti.

Essayez, testez, communiquez, sortez donc… et plus encore, osez désobéir ! Car pour citer Jean Cocteau, « Rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance à des règles. »

 

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3 commentaires

Avatar de hasnaa timoumi

hasnaa timoumi

c’est de la théorie, c’est difficile de le pratiquer dans nos entreprise, c’est un changement radical applicable d’ici 2050


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    Avatar de Stéphane DEGONDE

    Stéphane DEGONDE

    Intéressant votre observation. Le premier pas du changement est la disposition à changer, autrement dit le fait tout simple d’y croire. Impossible de faire voler un avion à l’énergie solaire ? Bertrand Piccard, un audacieux suffisamment fou pour y croire, est en train de nous prouver le contraire avec Solar Impulse (http://www.solarimpulse.com). Il a mis 10 ans pour faire de son rêve une réalité.
    Impossible d’agir dans votre entreprise ? Allez, essayez juste pour voir…


    Répondre

    Jean-Christian FAILLANT

    @hasnaa timoumi : « Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que c’est difficile. » Sénèque


    Répondre

A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

A propos de l’auteur

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Stephane Degonde

Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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