Choisir avec légèreté son associé ? Temps d’orage garanti sur le projet d’entreprise.

Stéphane DEGONDE, publié le , mis à jour à

Imaginez-vous avoir dit “oui”, avoir glissé l’anneau de la confiance et des souhaits de réussite future au doigt de votre associé, investir votre temps, votre argent et votre énergie dans la construction d’une nouvelle destinée professionnelle, et vous rendre compte, sur le terrain des opérations, que ce marié idéalisé et choisi n’a décidément rien du conjoint idéal…

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul ; c’est même un cas de figure assez répandu. Il est d’ailleurs l’une des causes principales, sinon la première, des grandes difficultés de la jeune entreprise : on peut rater son entreprise en ratant son mariage professionnel…

Si l’on se trompe tant et aussi souvent, c’est évidemment pour d’excellentes raisons.

La première d’entre elle est de raisonner sur la seule complémentarité des compétences, en occultant une donnée plus essentielle encore : la correspondance des personnalités, des ambitions et des valeurs. Beaucoup d’associations échouent parce que les associés n’envisagent leur rapprochement que sous le seul angle rationnel de la complémentarité des expertises : une équipe parfaite est une équipe qui a techniquement réponse à tout ? C’est oublier bien vite que l’équipe parfaite est aussi celle qui se comprend et finit par s’entendre sur tout. En évitant d’engager une conversation courageuse sur ce qui anime ces hommes et femmes qui composeront la future équipe d’associés, on prépare le terrain des incompréhensions et des tensions futures. Quel projet d’entreprise a-t-on envie de construire : bâtir sur le long terme ou spéculer pour passer vite à autre chose ? Quelles sont les différences de contexte personnel et en quoi peuvent-elles impacter l’engagement et l’investissement de chacun : disponibilité pour l’entreprise (célibataire ou marié, avec ou sans enfants), pression sur le revenu (conjoint sans emploi, études des enfants à financer, remboursement d’emprunt immobilier…), capacité à se mettre en risque (âge et projets personnels en cours) ? Quelle relation entretient-on à l’argent (importance et nature du besoin) ainsi qu’au pouvoir (importance du statut, rapport à l’autorité)? Ce ne sont là que quelques exemples de sujets à évoquer en toute transparence avec ses futurs associés…

La seconde raison est liée à l’absence de clés concrètes, au démarrage de l’entreprise, pour connaitre vraiment l’associé avec lequel on souhaite s’associer. L’entreprise est en effet un formidable révélateur, tant les difficultés et les épreuves obligent à trouver en soi des ressources jusque-là inexplorées. Le rapport à la pression, la gestion de l’inconnu et des situations de précarité, l’absence de perspectives sûres quant au développement, l’alternance de succès et d’échecs qui font faire du grand huit aux émotions, les sujets toujours nouveaux dont on apprend la résolution sur le tas… C’est en situation que l’entrepreneur exprime ce qu’il est ou peut devenir. Ce n’est donc qu’en haut de la montagne que l’on connaitra véritablement son compagnon de cordée…

En outre, il ne faut pas oublier que chaque associé potentiel est un séducteur en puissance. Il doit convaincre, se rendre indispensable et légitime pour le projet, pour se faire accepter et donc recruter par son ou ses futurs associés. Un entrepreneur qui vise l’association est donc un as du « storytelling ». Il doit raconter la belle histoire qui suscitera l’envie et l’adhésion de ses futurs partenaires… Et il garde parfois secret des enjeux personnels, car leur communication pourrait changer le contexte d’association et donc remettre en question sa légitimité… Le temps consacré, avant de s’associer, à se découvrir au-delà des façades et des postures, n’est donc pas un temps perdu…

Par ailleurs, tant que l’on est dans le concept de la création d’entreprise, que les idées fusent et que les rêves se dessinent, il est facile de s’imaginer entrepreneur. C’est seulement lorsque le lancement devient réalité – au moment de signer les statuts et d’apporter les fonds – que les engagements se confirment…ou se dérobent… Il n’est ainsi pas si rare de voir des associés sur lesquels on comptait s’effacer au dernier moment. Mais il y a pire encore : des associés qui s’engagent en refusant d’écouter leur réticences quant à la prise de risque, la perte de confort, les sacrifices à consentir, et qui abandonnent le navire en cours de route…sans forcément consentir à lâcher leurs parts sociales. « Le projet se lance demain, quittes-tu ton job ? Peux-tu raisonnablement vivre sans ou avec un plus faible salaire ? Comment t’organises-tu financièrement ? » Quelques questions parmi beaucoup d’autres à poser avant d’envisager de s’associer.

Si l’on se trompe d’associé, c’est aussi parce que l’on se méprend, souvent inconsciemment, sur les motivations et objectifs de l’association. Avoir peur d’entreprendre seul et jeter son dévolu sur le premier interlocuteur intéressé par le projet ; être animé par l’urgence et considérer que chaque associé potentiel est le bon associé pour ne pas perdre de temps à en chercher un autre ; accorder trop facilement confiance parce que l’on veut à tout prix faire confiance dans cette période de l’entreprise qui autorise l’imagination, les projections positives, les désirs de grandeur et l’enthousiasme ; chercher une compétence pour répondre au seul besoin de lancement de l’entreprise et ne pas se demander à quoi sera utile cet associé dans le futur ; chercher des fonds auprès d’un associé « riche » pour compenser ceux que l’on n’a pas ; ne pas écouter son intuition lorsque celle-ci pourtant dissuade… Les mauvaises raisons qui peuvent pousser à un mariage risqué sont innombrables. Et la distribution de parts sociales est d’autant plus facile lorsque l’entreprise ne vaut rien.

La mauvaise association est pourtant LE risque majeur d’une entreprise qui démarre, et la raison de tant d’échecs prématurés. C’est une pollution psychologique permanente. Elle introduit la tension et le reproche dans le quotidien de l’entreprise. Elle déséquilibre le seul rempart aux difficultés : la force du collectif. Elle complique la gestion opérationnelle et le partage des responsabilités. Elle expose à la défiance des tiers parce qu’une mauvaise association se voit de l’extérieur. Elle peut enfin conduire aux comportements les plus irrationnels et inciter certains associés à bloquer la bonne marche de l’entreprise.

Prise à la légère, l’association peut donc bien vite passer de la romance heureuse au divorce douloureux. Une bonne raison pour réfléchir à deux fois avant de prononcer le mot “oui”…

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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