Viser le « zéro risque » : un maxi-risque !

Stéphane DEGONDE, publié le , mis à jour à

Goal Hockey

Le risque est une donnée à appréciation variable ; tantôt inquiétant ou paralysant pour les uns, il est l’indispensable moteur pour d’autres. A sa simple évocation les personnalités s’expriment, distinguant sans grimage les joueurs et les prudents, les fonceurs et les patients, les optimistes et les résignés… Le risque est présent partout, dans tout, et presque à chaque instant : dans chaque décision prise, dans chaque renoncement que l’on s’autorise, dans chaque surprise aussi que parfois la vie réserve. Toute la différence vient donc de celui qui le choisit. Et pour certains, le risque n’est acceptable qu’entièrement circonscrit.

Créer une entreprise est évidemment une décision qui se prépare, se réfléchit et se mûrit. Rares sont ceux d’ailleurs qui ont fait de leurs improvisation et  impréparation une réussite. Mais vouloir faire de son projet d’entreprise un parcours balisé et certain parait bien illusoire, tant la vie s’ingénue à modifier les plans. En usant de la métaphore nautique, ce serait comme partir pour un tour du monde à la voile sans considérer les risques de casse matériel, la météo capricieuse, le moral qui tangue au gré des nouvelles favorables et des incidents, les bonnes rencontres des escales qui désorganisent le calendrier et redessinent la feuille de route. Ce serait aussi et surtout refuser ce qui fait le sel de l’aventure entrepreneuriale : l’imprévu et ses conséquences, les possibilités de revirements et les nouvelles destinations.

En voulant border à tout prix son risque, le porteur d’un projet d’entreprise va contre la définition même de l’entrepreneuriat : une histoire dynamique qui s’écrit au fil du temps changeant. En affichant son conservatisme, sa réticence ou ses craintes, il suscite l’interrogation, parfois malgré lui, chez ceux qui l’observent : Quelle sera sa capacité à affronter les épreuves lorsqu’elles surviendront sans avoir été anticipées ? Quelle sera sa disposition à se montrer agile et à reconsidérer les choix passés, donc à se mettre en risque, si l’activité ne démarre pas comme prévu ? Et quel temps lui faudra-t-il pour opérer ce changement, sous-entendu, devra-t-il une nouvelle fois s’accorder le temps long de l’analyse approfondie avant d’être en mesure de décider ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la quête du zéro risque est donc un vrai risque en soi.

Celui de ne jamais se lancer tout d’abord, car border les risques c’est avoir conscience des risques. C’est donc prendre leur pleine mesure, et réaliser à quel point la ligne du danger va être souvent frôlée… Or questionnez les ces entrepreneurs qui ont tenté l’aventure. Leur message est unanime : « Il faut être inconscient pour entreprendre et accepter le lot des difficultés à résoudre ». Ignorer ce vers quoi on tend a donc aussi ses vertus.

Celui de perdre du temps et de rater le « Time To Market », en laissant passer le wagon de la bonne opportunité. Les signaux faibles que l’entrepreneur perçoit, et qui inspirent les bonnes idées, sont des denrées périssables. Ne pas les exploiter par excès d’analyse et de prudence, c’est assurer son entrée sur un marché saturé, avec une idée déjà devenue obsolète.

Celui d’être distancé par d’autres qui ne se questionnent pas autant. Trois catégories d’acteurs économiques cohabitent et opèrent sur un même marché : ceux qui respectent scrupuleusement les règles ou restent dans le cadre en reproduisant les habitudes ; ceux qui franchissent allègrement la ligne jaune et se font rattraper par la « patrouille », ou sanctionner par un marché qui n’exprime aucun besoin pour le produit ou service commercialisé ; les autres enfin, qui naviguent dans la zone grise de la transgression intelligente, qui défrichent, comprennent, apprennent, et se mettent en situation d’être réactifs, agiles et performants.

Celui encore d’être perçu comme un entrepreneur à contre-emploi par ceux qui lui font confiance : partenaires, investisseurs, salariés, etc. Être entrepreneur, ce n’est pas avoir une idée et la dérouler de façon « scolaire » et mécanique. Être entrepreneur, c’est avancer en territoire instable, être à la manœuvre, analyser, comprendre, s’adapter vite et trouver des solutions pour lutter contre les vents contraires. C’est avoir pour métier la responsabilité individuelle du dirigeant dans un contexte de risque permanent. Une responsabilité tellement importante que l’on a créé des structures juridiques pour en limiter la portée en cas de défaillance (SARL, SA, SAS, etc.)

Il est vrai que vouloir tout border peut être une bonne excuse. Celle qui permet de couvrir les incertitudes, la peur parfois aussi, de se lancer vers cet inconnu à la fois exaltant et impressionnant. Le risque zéro comme condition indispensable du lancement permet ainsi d’en repousser l’échéance…

Mais faire de la revue exhaustive des événements futurs une condition nécessaire pour tenter le grand saut, c’est être assuré d’une chose : redescendre du plongeoir par l’échelle, tant les conditions du plongeon sont infinies.

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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