De la faillite au rebond !

Stéphane DEGONDE, publié le , mis à jour à

J’ai découvert le 2 août 2012 ce que le terme “catastrophe nucléaire” signifiait en langage entrepreneur.

L’éditeur de coffrets cadeaux Happytime, notre plus gros client, venait d’être déclaré en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris. Son investisseur, un entrepreneur reconnu, l’avait brutalement lâché 15 jours auparavant.

Les conséquences ont été terribles. Pour les clients tout d’abord : des coffrets cadeaux devenus inutilisables, 84.000 clients lésés, 6 millions d’euros de valeur évaporés. Pour les salariés ensuite, une quarantaine, débarqués sans prévenir en plein mois d’août. Pour notre entreprise enfin, la société CincoSenso, un spécialiste des solutions prépayées en marque blanche. Nous perdions 50% de notre chiffre d’affaires, et nous retrouvions avec une créance impayée de 212.000 euros, sans perspective aucune de recouvrer les fonds ; Le passif de notre client était abyssal et les possibilités de recours inexistantes.

Et pourtant notre société, créée en août 2008, était rentable. Elle avait réalisé un chiffre d’affaires d’1,5 million d’euros pour sa troisième année et faisait vivre 8 personnes. Le résultat de prises de risques, d’efforts et d’engagement sans compter. Celui aussi de la confiance exemplaire de certains de nos investisseurs. Liquider Happytime c’était nous condamner. Une condamnation aux travaux forcés assurément, à une mort prochaine probablement. A court de trésorerie, il nous restait trois mois pour trouver une solution et tenter de mettre en place les conditions de la survie.

Las, la liquidation judiciaire de CincoSenso a été prononcée le 22 novembre 2012…

Mes premiers sentiments d’entrepreneur confronté à la faillite furent évidemment spontanés, forcément inutiles. Trahison, injustice, cynisme,… la richesse du vocabulaire français autorisait tous les jugements. Et puis le temps a nourri le recul et la clairvoyance. D’interventions en conférences, je me suis interrogé sur les raisons véritables de cette issue fatale. Etait-elle la seule conséquence de la mauvaise gestion d’un tiers, ou n’avions-nous pas, par nos décisions et renoncements d’entrepreneurs, préparé le terrain de la fragilité ?

Je me suis replongé dans notre histoire, interrogeant la mémoire des situations et des discussions; j’ai reconsidéré nos certitudes, nos convictions, nos inquiétudes et préoccupations ; j’ai balayé du regard 4 années d’entrepreneuriat. Et j’en suis arrivé à une conclusion : nous avions accumulé les micro-fragilités ! Parfois anodines lorsqu’elles sont considérées de façon isolée, elles étaient devenues, avec le temps, le nombre et la fréquence, un macro-danger. Il aura alors suffi d’un événement supplémentaire, la liquidation d’Happytime, pour conduire au crash notre “avion entreprise”…

A bien y regarder, ces erreurs furent nombreuses et de toute nature : Se tromper d’associé, notre 3ème associé n’ayant jamais rejoint l’entreprise malgré les engagements du départ ; Faire rentrer un ex-employeur et fournisseur dans le capital de l’entreprise ; Ne pas formaliser de pacte d’associés ; Répartir le capital social sur des promesses d’implication future ; Choisir un business model à la performance sans avoir les moyens d’agir sur les ventes de nos clients ; Bâtir notre développement sur le lancement des nouveaux produits de nos clients ; Laisser dériver les délais de règlement ; Ne pas considérer l’assurance chômage des dirigeants d’entreprise ; Se laisser tenter par la dispersion en considérant le lancement de nouvelles activités ; Cibler des grands comptes alors que nous étions dans les premiers pas du développement ; Faire le choix d’un modèle d’entreprise basé sur la gestion de la complexité (intégration multi-métiers/multi-prestataires) ; Pratiquer la confrontation sélective en privilégiant les avis extérieurs qui confortent, plus que ceux qui interrogent.

La liste est loin d’être exhaustive…

J’ai alors décidé d’en faire un livre. Non pour raconter mon histoire, mais pour éclairer sur les 100 risques de l’entrepreneur ; ces risques qui fragilisent les héros de l’initiative. 62.000 faillites d’entreprises brûlent chaque année les rêves et ambitions d’entrepreneurs de tous âges et de tous horizons. Un chiffre qui certes rappelle le caractère dangereux de l’aventure, mais qui montre aussi l’immense travail qu’il reste à faire pour préparer davantage encore les candidats au grand saut.

C’est donc auprès de 51 entrepreneurs que je suis allé m’imprégner d’aventures et d’expériences entrepreneuriales, toutes singulières, mais finalement tellement semblables. Car le principal risque de l’entreprise n’est pas technique. Il est humain. Celui des hommes et femmes qui la dirigent ; Celui de leurs personnalités, leurs émotions, leurs ambitions et leurs histoires. C’est ce qui fait toute la magie de l’aventure. Toute sa complexité aussi.

Cet ouvrage est donc une nouvelle histoire. Un voyage dans la géographie des risques. 100 points de vigilance en 51 entrepreneurs, non pour délivrer des vérités et conseils sur le risque entrepreneurial, mais pour amener à réfléchir, et s’entrainer, pour mieux l’appréhender. Il sera publié à la fin de cette année.

Ce blog sera un moyen d’éclairer sur la vie d’entrepreneur. Nous y parlerons de risques bien sûr, mais aussi de tous ces sujets qui rythment le quotidien et les aspirations des courageux de l’initiative. Nous y évoquerons ces verbes qui colorent les pages de l’histoire entrepreneuriale : rêver, imaginer, rencontrer, vibrer, construire, convaincre, emmener avec soi. Entreprendre, c’est confronter ses sens à de nouvelles expériences.

Je vous souhaite la bienvenue dans cette nouvelle aventure qui s’écrit.

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A propos du blog

Plus que jamais l'entrepreneuriat est dans l'air du temps. "Tous entrepreneurs !" semble être ainsi devenu le mot d'ordre partagé par tous les acteurs de l'économie, pour redonner du souffle à l'emploi, accompagner la croissance, mais aussi transformer les grandes organisations.

Car être entrepreneur, ça n'est plus seulement créer une entreprise ; c'est aussi adopter une nouvelle posture de salarié en développant de nouveaux réflexes, en s'autorisant de nouvelles audaces, en devenant "un entrepreneur dans l'entreprise". En d'autres mots, un intrapreneur !

Ce blog est donc un éclairage, une source de partage et de réflexion sur tous les sujets, mineurs ou majuscules, qui font la vie des audacieux. Il parle de la désobéissance dont il faut savoir faire preuve pour faire émerger les idées et les initiatives. Il évoque le risque inhérent à toute audace, et cette question de l'échec dont on ne sait pas trop bien quoi penser… Il donne des pistes aux organisations pour qu'elles amorcent leur "transformation entrepreneuriale". Il confirme enfin qu'être entreprenant, ce n'est ni une histoire de structure ou de moyens, mais une disposition, une capacité à mettre son potentiel et ses talents au service de l'innovation.

A propos de l’auteur 

Stephane Degonde

Stéphane Degonde intervient auprès de grandes entreprises sur la mise en œuvre de leur transformation entrepreneuriale. En parallèle, il donne des conférences sur les thématiques de l'intrapreneuriat, de l'audace et de la désobéissance responsable. Il accompagne et forme des dirigeants d'entreprise, en France et en Afrique, sur la compréhension et la bonne gestion de leur risque entrepreneurial.

Stéphane Degonde a créé et dirigé pendant 5 ans la société CincoSenso, spécialiste des solutions de paiement privatives en marque blanche. Il avait auparavant occupé, pendant plus de dix ans, diverses responsabilités en stratégie, business development, ingénierie financière et conseil, chez PwC et IBM Global Services, ainsi qu'au sein d'un groupe industriel spécialisé dans les médias optiques.

Il est l'auteur du livre "J'ose entreprendre !" (Le Passeur Editeur) paru en 2015, et enseigne le cours "Comment réaliser son potentiel" à The School of Life Paris.

Stéphane Degonde est diplômé du Magistère de Sciences de Gestion et de la MSG de l’Université Paris IX-Dauphine.

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Stephane Degonde

Quatre ans pour lancer une startup... Quatre minutes pour la liquider !

La création d’entreprise n’est pas toujours synonyme de succès : on dénombre chaque année près de 63 000 faillites d’entreprises. Confronté à la fin brutale et inattendue de son entreprise, Stéphane Degonde s’est interrogé sur sa propre responsabilité de dirigeant. Le résultat est sans appel : la fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en prendre conscience. Une conclusion s’est imposée à lui : l’entrepreneur, par ses excès, ses erreurs, ses croyances et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise.

En rencontrant 51 entrepreneurs aux parcours singuliers, et en tirant profit de sa propre expérience, Stéphane Degonde a imaginé le guide du créateur d’entreprise qu’il aurait aimé avoir : riche en analyses, concret, détaillé et pratique. Il y expose les cent risques que tout entrepreneur doit connaître pour mieux les éviter, les surmonter, voire parfois les accepter, afin de rendre son entreprise pérenne. Chaque risque est évalué, statistiques et témoignages à l’appui, et des solutions pleines de bon sens sont proposées.

Un livre qui poursuit un seul objectif : la réussite des entrepreneurs.

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