Lors d’une conférence sur la prévention du risque routier dans l’entreprise organisée le 18 juin au ministère de la santé, Thierry Fassenot, ingénieur conseil à la CNAMTS a rapporté une anecdote croustillante : « une entreprise demande à ses commerciaux de s’engager à ne pas téléphoner en voiture. Tant qu’ils n’ont pas signé le document, ils ne peuvent pas accéder à l’application informatique métier. Alors, bien entendu qu’ils signent mais, dans la pratique, ils continuent de téléphoner en voiture car c’est le mode d’organisation même de l’entreprise qui l’exige. »
Autre témoignage qui démontre à quel point des directions se défaussent. Et Vincent Jacquemont, ingénieur conseil chez le cabinet de conseil Secafi de rapporter cet exemple d’une entreprise qui avait augmenté le périmètre des déplacements de ses responsables de chantiers. Une prime de découchée a donc été accordée pour que les salariés dorment sur place et rentrent le lendemain plutôt que de faire le trajet de nuit. Un système pervers.
« La prime était versée à tous les salariés, y compris ceux qui, dans les faits, rentraient chez eux. Dans ces conditions, la majorité des salariés faisait les allers-retours, y compris pour les chantiers lointains et les chantiers de nuit, ce qui se traduisait par des prises de risques routiers évidents. La situation était connue de l’employeur, mais celui-ci considérait avoir fait le nécessaire en prévoyant un découché et se déclarait non responsable de ce que fait le salarié « en dehors du temps de travail », raconte le consultant. Et les délégués syndicaux de l’entreprise n’étaient pas les premiers à demander un strict contrôle de la prime de découchée…
Que penser de ces employeurs qui jouent la carte de la mauvaise foi en affirmant ne pas savoir qui était au volant lors du flash ? Carte blanche est ainsi accordé.
La géolocalisation est-elle source de prévention ? Spie Communications, filiale du groupe de construction spécialisée dans les réseaux et télécommunications, compte mettre en place un dispositif de géolocalisation permanent des 2000 salariés. La direction avance la volonté de réduire les kilomètres parcourus pour justifier le projet qui rime avec une tracabilité des itinéraires des véhicules de l’entreprise, pendant et hors temps de travail. Une façon de réduire l’exposition au risque routier même si ce n’est pas l’objectif premier. Et la CFDT de rappeller l’arrêt de la Chambre sociale de la Cour de cassation du 26 novembre 2002 N°0042401 qui assimile la géo localisation permanente des salariés à une filature électronique privée, disproportionnée par rapport aux intérêts légitimes de l’employeur.
Prévenir le risque routier professionnel sous entend que l’employeur intègre que le contrat de travail n’est pas suspendu pendant la conduite au profit du code de la route. Conduire dans le cadre de son boulot doit être considéré comme une activité professionnelle avec l’organisation du travail qui va avec.
Et vous, quelle est votre approche de la prévention du risque routier ? Laisser une grande autonomie aux conducteurs, bien calibrer les objectifs, financer des stages de récupération de points, prendre en charge des lunettes adaptées,…
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