Coronavirus : manager des équipiers anxieux.

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

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A l’heure où je rédige ces lignes, la sortie du confinement se précise dans l’imprécision. A partir du 11 mai, progressivement, le travail devrait reprendre dans de nombreux secteurs d’activité. Et les entreprises restées ouvertes au pic de la crise vont retrouver leurs effectifs complets. Les collaborateurs confinés pendant deux mois vont probablement adopter des postures différentes lors de leur retour au travail. Les personnes à risques ne se présenteront pas tout de suite. Il se peut aussi que certains équipiers soient en souffrance, ayant perdu un proche.

Chaque personne est unique, néanmoins vous serez confrontés à quatre types d’anxiété. 

  • Les angoissés. Ils ont mal vécu le confinement en imaginant le pire. Et pourtant la perspective du retour au travail exacerbe leurs anxiétés sur tous les pans de leurs vies. Ils sont horrifiés par la circulation du virus dans les écoles de leurs enfants, terrifiés par les transports en communs, paniqués à l’idée de travailler dans des locaux collectifs…
  • Les inquiets. Conscients qu’il faut reprendre le travail pour rétablir l’économie et sauver des emplois ils s’inquiètent pour eux et leurs proches. Ils veulent obtenir des preuves tangibles que leurs tâches s’effectueront au sein d’un arsenal tangible de protections.
  • Les vigilants. Les effets du virus leur font peur sans pour autant les paniquer. Ils s’informent sur les statistiques et les moyens mis en œuvre pour s’en protéger. Ils attendent que leurs employeurs adoptent des mesures sanitaires raisonnables tout en se prenant eux mêmes en charge. 
  • Les imprudents. Pensant qu’ils ne risquent pas grand chose au vu de leur âge, de leur état de santé et des statistiques qui relativisent le taux de mortalité et de séquelles, ils en oublient les mesures barrières et veulent s’affranchir des contraintes de la distanciation sociale. 

La situation est objectivement anxiogène. Depuis Février dernier notre attention est captée sur l’épidémie par les médias, les politiques et les scientifiques. Les actualités internationales concernent exclusivement la pandémie. Et des polémiques politiques et scientifiques sont exacerbées. La seule fenêtre ouverte sur le monde pour les confinés à domicile donne sur le coronavirus. 

Les délégués syndicaux et les représentants du personnel, devraient grâce à l’exercice de leurs responsabilités adopter des postures vigilantes. Les managers aussi. Néanmoins, certains, mus par des intentions politiques et revendicatives « alimentent » les peurs    des angoissés et des inquiets. 

Cette typologie est une schématisation de la réalité , néanmoins elle oriente les tactiques managériales. 

Les angoissés ont « la boule au ventre ». Ils intériorisent leurs peurs et ne s’expriment pas. Pour eux, il convient de montrer des preuves tangibles sur les mesures prises dans l’entreprise. Faites leur prendre leur température. Distribuez leur des masques, des gants, des coiffes. Reacceuillez les en leur distribuant un manuel de sécurité dès le premier jour. Demandez si possible au médecin du travail d’organiser des réunions d’informations. 

Les inquiets sont sensibles aux mesures visibles décrites plus haut. Ils auront besoin d’évacuer leurs peurs en les exprimant. Évitez de leur dire : «  n’ayez pas peur ». Au contraire dites leur que les craintes sont légitimes en cette période risquée. Posez leur des questions de type :  « que peut-on faire, à notre niveau , pour diminuer les risques ? » Leurs réponses les feront passer d’inquiets à vigilants. 

Les vigilants s’attendent à ce que vous preniez des dispositions de sécurité sanitaire. Mais pas la peine d’en faire trop. Mettez vous en alliance avec eux car ils sont acquis à l’idée de vivre longtemps avec le virus. Associez les à la prise de mesures spécifiques à votre contexte particulier. 

Rappelez aux imprudents que les mesures barrières, la distanciation sociale, le port du masque et d’équipements de protection sont conçus à leur usage, et aussi pour protéger les autres. 

Comme pour de nombreux changements, les inquiétudes, craintes,  peurs et angoisses émergent avant. Après une période de rodage, et constatant qu’il est possible de travailler en présence d’un virus, de nouvelles pratiques s’instaurent durablement. Les managers et chefs de projets sont les mieux placés pour accompagner cette mutation. 

Et bien sûr, le manager avisé se préoccupe du présent immédiat tout en pensant, avec ses collègues  , à la construction d’un futur économiquement, socialement  et écologiquement viable. Vivre c’est plus sympa que survivre.

 

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1 commentaire

Fidelis86

Excellent article, excellent point de vue, des conseils terre à terre et somme toute fiables… j’appréhende tout simplement que pour certaines grosses sociétés, ce mode de prise en charge à multiples fronts sera difficile à mettre en oeuvre


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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