Coronavirus : manager en mode dégradé.

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

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Lorsque j’ai entamé cette série de billets sur le pouvoir, je n’avais pas prévu l’émergence de la pandémie. J’avai défini le pouvoir comme capacité à changer les mentalités, comportements et organisations. Le virus, manifestement exerce , sans en être conscient et sans intention, ce pouvoir sur nous.

Avec le Covid 19 nous vivons une crise sanitaire mondiale jamais égalée depuis la grippe espagnole des années 1920. En tant que manager, votre contribution majeure est de vous protéger, protéger vos équipiers , tout en assurant la production des biens et des services utiles à la collectivité.

Ceci étant dit, vous n’êtes pas tous logés à la même enseigne. Après deux semaines de confinement, vous êtes repartis en trois catégories. Nous ne disposons pas à ce jour des statistiques sur cette répartition.

1- Les managers et chefs de projets en contacts physiques journaliers avec des équipiers, clients, usagers et partenaires. Ce qui vous expose et expose votre entourage au virus. 

2- Celles et ceux qui peuvent manager à distance en mode asynchrone.

3- Celles et ceux confinés par obligation sanitaire et familiale ou en chômage technique. 

Les entreprises, elles aussi vivent des situations très diversifiées. Le virus fragilise toutes les entreprises privées et publiques, et pourtant nombre d’entre elles doivent asssurer le fonctionnement du pays et la préservation de la population. Des secteurs d’activité prospèrent , des usines ferment, des entreprises sont au bord de la faillite, le système sanitaire est saturé et pourtant il doit faire face aux vagues de malades, les services logistiques fonctionnent à flux très tendus, les services publics essentiels doivent être asssurés.

Autant de situations qui vous obligent à manager en mode dégradé. Comment alors s’y prendre dans un tel contexte? Je vous suggère quatre points de vigilance. 

1- Prenez soin de vous.

Vous devez faire le plein d’énergie et vous protéger pour faire face à ses épreuves. Appliquez et faites appliquer les mesures barrières recommandées par les épidémiologistes. Continuez à vous adonner à des activités physiques dans le cadre des règles de confinement, vous cultiver et passer de bons moments. Équipez-vous des outils numériques et adoptez les modes opératoires appropriés vous permettant de travailler à distance avec vos collaborateurs, clients et partenaires. 

2- Adoptez une posture déterminée.

Sans pour autant minimiser les dangers , évitez, surtout en public , de vous lamenter sur la situation, de polémiquer sur les problèmes logistiques, les peurs de vos collaborateurs, les insuffisances et errances des gouvernants. Pas la peine non plus de faire croire que cette crise est passagère et surmontable aisément.

Ce sont vos attitudes et comportements, au-delà de vos discours, qui génèrent de la confiance auprès de vos interlocuteurs.

3- Transformez les contraintes et les dangers en données à traiter.

Il s’agit ici de reprendre les bonnes pratiques d’analyse et de déploiement stratégique. Faites ce travail collectivement afin d’impliquer vos collaborateurs et partenaires dans les mesures à prendre.Posez-vous et posez des questions simples :

  • En quoi cette épidémie et ses effets sont-ils des menaces pour notre activité ?
  • En quoi peuvent-elles être des opportunités ?
  • Quelles sont nos faiblesses face à ces menaces ? Quelles sont nos forces ?
  • Si nous avions tous les pouvoirs et tous les moyens , que ferions-nous pour affronter ces menaces et continuer à faire le « job » ?
  • Que pouvons-nous faire dès maintenant pour assurer nos services et productions ? 

4- Organisez le mode dégradé . 

Acceptez et faites accepter à vos collaborateurs, clients et partenaires que nous allons travailler en mode dégradé. Soyez exigeants avec votre hiérarchie pour obtenir des moyens de protection. Écoutez les réticences de vos équipiers et tenez compte de leurs remarques et suggestions. Soyez intransigeants avec l’application des mesures barrières. 

Entourez vous de deux ou trois collaborateurs « solides » pour animer au moins une fois par jour une cellule de crise pour prendre des mesures correctives et préventives au gré des événements et expériences. Il vous faut en effet être à la fois réactifs et pro-actifs. 

Au moment où je rédige ces lignes, pléthore d’événements nous échappent, les effets de la pandémie et sa disparition sont encore incertains. Les gouvernements et les autorités sanitaires ont probablement élaboré plusieurs scenarii, ne sachant pas eux-mêmes comment va évoluer la situation. Ne vous prenez donc pas la tête à résoudre des problèmes pour lesquels vous n’avez pas la main. Concentrez votre énergie sur votre zone d’influence constituée  des parties prenantes de votre entreprise.

Le coronavirus nous rappelle que la nature est à la fois fragile et plus forte que nous. Nous investissons de l’argent, de l’énergie et des idées en espérant légitimement obtenir un retour d’investissement. Depuis le début de l’ère industrielle, nous avons réalisé des progrès scientifiques et technologiques au service de l’humanité. Mais nous avons privilégié l’ homo economicus en négligeant notre écosystème. J’invite les managers et chefs de projets à adopter une pensée ecosystemique pour créer des valeurs sociétales et environnementales en complément des valeurs économiques.

 

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6 commentaires

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ALICIA

On devient dingue si on y pense trop!!!!! Penser à méditer… Alicia de https://www.french-revolution.fr/


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    Oui. La méditation est pour certains managers une ouverture sur un espace temps plus large que le périmètre de leurs problèmes présents


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Maxime

Effectivement la mise au point est importante, en public notre posture doit générer de la confiance comme vous dites. On va tout faire pour. Merci pour ce rappel.


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Charlotte

Dure réalité que celle d’aujourd’hui, mais merci. Votre chronique permet d’appuyer sur des points essentiels. Conserver un mental dynamique.


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JM Safarin

Les responsabilités des chefs d’entreprise sont énormes en ces temps de crises exceptionnelles… bien que chacun d’eux ait assurément appris faire face aux situations qui sortent de l’ordinaire, il faut davantage de compétences en ce moment


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Eric

Effectivement la pensée écosystémique comme vous la nommez est importante. Il ne faut pas axer uniquement sur l’aspect pécuniaire.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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