Du bon usage des émotions au travail

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

© Getty Images

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Le billet précédent portait sur le traitement des émotions des autres. Examinons maintenant comment traiter au mieux vos propres émotions.

Commencez par accepter les sensations et émotions émergentes en vous. Leur refoulement entraine des stress d’intériorisation. Stockées dans votre corps, elles vous minent. L’inhibition freine le bon fonctionnement de votre pensée. Et parfois, à force de vous contraindre, l’émotion s’exprime de manière exacerbée, ce qui écorne votre crédibilité de manager.

Il existe pourtant une méthode apparemment simple qui consiste à exprimer avec lenteur et sans pathos vos émotions. Vous clarifiez ainsi, pour vous et vos interlocuteurs l’enjeu, le challenge, le problème ou l’évènement à traiter. Il s’agit de la méthode : « je me sens. »

Des exemples pour illustrer cette méthode

En présence de peur :

  • Je suis inquiet suite à la réclamation de ce client.
  • J’ai peur qu’un conflit éclate dans les ateliers.
  • Si tu ne te formes pas aux outils numériques, je crains pour ton adaptation aux nouvelles formes de travail

En présence de tristesse :

  • Je suis triste de quitter cette équipe que j’aimais bien.
  • Je suis affecté par la perte de ce client qui représentait 15% de notre CA
  • J’ai de la peine ce matin, je viens d’apprendre le décès d’un collègue avec lequel nous coopérions depuis plus de dix ans.

En présence de colère :

  • Je me sens en colère , cela fait trois fois que j’alerte l’équipe sur les délais, et manifestement rien n’y fait.
  • Je n’aime pas cette manière que vous avez de me faire du chantage.
  • Je suis irrité par ce que je perçois comme de la résistance au changement de votre part.

En présence de joie :

  • Nous avons signé ce contrat , j’en suis ravi.
  • Je suis satisfait de la manière dont vous avez surmonté cette difficulté sur le projet.
  • Fêtons avec joie notre réussite collective.

Trois conditions de réussite pour transposer avec aisance et efficience la méthode « je me sens »

Loin d’être une leçon de vocabulaire, cette méthode vous engage complètement : intellect, corps, émotions et valeurs. L’intelligence émotionnelle nous y aide.

1- L’émotion est exprimée à la première personne du singulier. Elle se distingue des formulations classiques telles que : « Vous êtes énervant », « votre conduite est inadmissible » , et autres opinons et jugements.

2- L’émotion, est certes présente, mais distanciée. Tout en la ressentant, il s’agit de la mettre à distance. Dire «  je suis triste » ne vous oblige pas à pleurer, ou « je suis en colère », à hurler. En d’autres termes éviter d’en faire trop avec du pathos. Pour cela exprimez vous plus lentement que lors d’une discussion courante.

3- L’expression de l’émotion a certes un effet cathartique et doit être aussi bienveillante et coopérative. Vous faites preuve d’ouverture envers les autres, ce qui invite les autres à faire preuve d’ouverture avec vous. La méthode « je me sens » fait partie intégrante de la communication non violente.

Entrainez vous pendant les quinze jours à venir et posez moi des questions si nécéssaire par le biais de la rubrique commentaires.

Le prochain billet portera sur l’intelligence émotionnelle au service des motivations, de l’influence et des négociations.

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10 commentaires

Julien

J’aime beaucoup : « Commencez par accepter les sensations et émotions émergentes en vous. Leur refoulement entraine des stress d’intériorisation ».
Je crois qu’une des problématiques professionnelles est qu’il est difficile de se laisser le droit d’exprimer ses émotions. Nous nous disons que cela pourraient être mal vu. Pourtant, c’est essentiel pour se sentir bien et donc mieux travailler. Une sorte de cercle vicieux…
Les dirigeants doivent aussi être en mesure de recevoir et « d’accompagner » les émotions de leurs collaborateurs. Même s’il reste du chemin à parcourir dans les entreprises, il est certain que les émotions sont un sujet qui est de plus en plus évoqués. Les dirigeants sont aussi de plus en plus formés au coaching et à l’écoute des émotions. Je trouve cela très positif.


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    @Julien : il est possible en entreprise d’exprimer ses émotions de maniere dissociée et sans pathos. Ce que certains pensent inacceptable pour les autres est bien souvent inacceptable pour eux mêmes.


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      Avatar de Anonyme

      Anonyme

      @Jean-Louis Muller : Oui je comprends tout à fait cette notion de projection sur l’autre. Certaines fois c’est l’inverse. Ce qui est acceptable pour nous ne l’est pas pour l’autre.


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        Avatar de Jean-Louis Muller

        Jean-Louis Muller

        @Anonyme : oui. La cooperation dans les entreprises ne va pas de soi , d’autant plus que des dirigeants sont adeptes du management par la compétition.


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lea

et quand on est « empathe  » c’est encore plus difficile à gérer les émotions…


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    @lea : l’empathie c’est sympa car nous sommes ainsi en lien avec les autres. Tout en conservant cette aptitude il est aussi judicieux de penser à soi. On peut être à la fois, bien avec soi et bien avec les autres.
    Cordialement


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polissage rhone-alpes

Le site est super surtout cet article


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    Merci


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Avatar de Marya

Marya

Slt. Mon soucis à moi c’est que jinteriorise pendant si longtemps mes émotions que tout finit par ressortir avec larmes et rage. Je voudrais bien ne pas faire de pathos et garder mes larmes mais je n’y arrive pas…


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    @Marya : mon prochain article portera sur les outils de l’intelligence émotionnelle. Ceci étant dit, l’intériorisation des émotions est l’effet d’un jugement négatif sur l’émotion concernée. Le première mesure à prendre est d’accueillir avec bienveillance l’émotion utile pour évaluer et traiter l’événement la générant.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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