Sept options pour s’affranchir des jeux de pouvoir.

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

Vous avez lu mon dernier billet qui nommait les trois principaux rôles – Sauveur, Victime, Persécuteur – mis en oeuvre dans les jeux de pouvoir. Commençons cet article par un exercice de repérage de ces trois rôles à partir de phrases tirées de la vie courante. Vous trouverez les réponses en bas de page.

  1. Alain qui tend un dossier à son collègue : « c’est incroyable, plus personne ne fait des efforts de style aujourd’hui ! »
  2. Vous ne trouvez pas qu’il fait chaud ici ?
  3. Lucie qui rend sa fiche de congé à Geneviève : « es-tu sûre qu’il te reste autant de congés ? ».
  4. Jacques qui s’éloigne de Benoît : «de toute façon, je sais bien que je ne suis pas de bonne compagnie et que tu préfères discuter avec les autres ».
  5. Tu peux compter sur moi en toute occasion
  6. Aline qui pointe le ventre d’Edmond : «il paraît que tu fais un régime ? ».
  7. Oui, je sais bien, je suis bête et je ne comprends jamais rien
  8. Julie qui baisse les yeux sur le nœud rouge du Sida sur l’écharpe de Damien : « Tu ne trouves pas que c’est vraiment ridicule de porter ça ? »
  9. Si je te dis cela, c’est essentiellement pour ton bien
  10. Je dois être maudit(e)

Pourquoi alors appeler ces mécanismes relationnels « jeux de pouvoirs ? » Cette expression cristallise plusieurs sens se combinant entre eux dans un écheveau complexe. Quels sont en sont les variations ?

  • Chacun s’installe dans un rôle et le joue jusqu’au bout, sachant qu’à la fin du jeu un probable renversement de rôle les attend
  • Le jeu est agrémenté de coups de théâtre, de renversements, de moments de stupeur.
  • La fin du jeu est dramatique et prévisible
  • Comme dans les jeux de sociétés, cartes, échecs, go, les uns perdent, les autres gagnent
  • Certains s’adonnent au jeu et en sont complètement addicts. Ils promettent de ne jamais recommencer mais replongent à la moindre occasion
  • Il existe des règles du jeu implicites et un déroulement prévisible
  • On peut sur-jouer pour manipuler : jouer au plus fort, jouer au plus serviable et jouer à la victime
  • Le plus souvent les joueurs s’entourent de spectateurs, dont certains rentrent dans le jeu pour « mettre de l’huile sur le feu »
  • Les jeux ont des titres : « battez-moi », « je sais ce qui est bon pour vous », « la petite bête », « oui, mais »

Les sept options

Vous avez compris en lisant les lignes précédentes que la lucidité est le meilleur atout pour traiter les jeux de pouvoir. Il est en effet efficace de les aborder avec distance et lenteur. Toute fébrilité de votre part est exploitée par l’initiateur du jeu. Les répliques suivantes sont à dire lentement, fermement et sans sourire. Lorsque votre interlocuteur s’aperçoit ainsi qu’il ne vous touche pas, il abandonne après un ou deux tentatives. Choisissez pour commencer les options avec lesquelles vous vus sentez le plus à l’aise. Testez les autres après.

  • Ignorer : «  Merci de me dire cela »
  • Dévoiler : « Quand tu me dis cela, quel est ton objectif ? »
  • Confronter : « Je n’aime pas les jeux de pouvoir »
  • Jouer jusqu’au bout sans s’impliquer : Faites comme si vous étiez touché et dites : « merci »
  • Désescalader : « Dans un service, il y a toujours des dysfonctions » ou « j’ai choisi de ne pas trop mettre de l’énergie dans ce problème »
  • Expliquer le jeu : « Ce que tu viens de me dire pourrait me déstabiliser. Si c’était le cas, je  t’en voudrais. Je n’aurais alors de cesse que de me venger. Et puis on ira au clash. C’est ça que tu veux ? »
  • Grossir, exagérer : « Ah ! tu me tues ! »

Les deux prochains billets porteront sur la distinction entre jeux de pouvoirs conscients et jeux de pouvoir hors de la conscience claire et raisonnée.

Réponses aux questions :

Sauveur-5-9  Victime-2-4-7-10  Persécuteur-1-3-6-8

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2 commentaires

Lereferenceur

Je ne maîtrise pas du tout le sujet, et je pense que j’aurais besoin de lire les billets précédents sur le sujet. Mais peut-il y avoir des persécuteurs qui se font passer pour des victimes à certains moment pour se défendre de ce rôle ?

J’aurais eu au moins tout bon au petit exercice du début. :D


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    @Lereferenceur : oui, les personnes qui s’engagent dans les jeux de pouvoir adoptent les trois rôles. Le plus souvent, l’on s’engage avec un rôle et termine par un autre. Ainsi, le persécuteur est potentiellement sauveur et victime. Les autres rôles aussi.


    Répondre

A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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