Les effets positifs et les effets pervers de l’engagement.

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

Vous familiariser avec la théorie de l’engagement était le but de mon billet précédent. Pour résumé, ce sont actes qui engagent et c’est pourquoi pour « faire changer » il convient de mêler vision à long terme et succession de petites actions à très court terme.

Les petits ruisseaux faisant de grandes rivières, une progression à l’aide de petits pas permet de réussir de grands projets. Ils assurent aussi la survie lors de situations catastrophiques. Chacun se consacre à de petites tâches à accomplir. Des survivants en montagne ou dans le désert, par exemple, expliquent qu’ils se sont d’abord fixés un cap, puis avancé en comptant les pas comme suit : « un pas pour maman, un pas pour papa, un pas pour tante Alice, etc. »
Une éducation et une formation réussie résultent aussi d’une avancée par petit pas.

Mais ces petits pas provoquent des effets pervers. En effet, nous n’aimons guère avouer que nous nous sommes trompés. C’est singulièrement vrai dans le domaine professionnel : on rechigne ainsi généralement à avouer à son manager ou ses collègues que l’on a choisi une solution technique complètement aberrante pour tel ou tel projet. C’est pourquoi nous préférerons toujours nous raccrocher à notre première décision et à la défendre bec et ongles, au besoin par des mensonges éhontés. On appelle « escalade d’engagement » cette tendance que manifestent les gens à s’accrocher à une décision initiale même lorsqu’elle est clairement remise en question par les faits. Et si quelquefois des erreurs continuent à exister en dépit du bon sens, c’est sans doute parce que nul n’osera jamais avouer ouvertement que telle ou telle directive était une véritable idiotie. Tout se passe comme si le sujet préférait s’enfoncer plutôt que de reconnaître une erreur initiale d’analyse, de jugement ou d’appréciation.
La vie quotidienne fourmille d’exemples d’effets pervers de l’engagement :
– Celui qui s’est acheté une voiture rutilante et qui ne veut pas s’avouer qu’elle était largement au-dessus de ses moyens
– Le dépressif qui décida que la vie était un ruisseau de larmes, se comporta selon cette représentation pendant dix ans, et qui ne savoure pas des moments de bonheur de peur de se dédire
– Celui qui milite dans un parti politique auquel il n’adhère plus aux idées mais continue à distribuer des tracts et assister à des meetings pour ne pas trahir ses premiers engagements
– Celui qui continue à investir dans une activité en perte de vitesse
– Celui qui continue à jouer aux courses alors qu’il a déjà perdu beaucoup d’argent, répétant sans cesse : « je vais me refaire »

La problématique de l’engagement étant très large, mon prochain billet portera sur « trop de conviction nuit à la conviction ». Et bien sûr, je reste à votre disposition pour répondre à vos questions et publier vos témoignages dans la rubrique « commentaires »

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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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