Faire face à une attaque verbale inconditionnelle

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

Votre chef, ou collègue, ou équipier vous assène (au choix) :
– « vous êtes vraiment déplaisant ! »
– « tu ne comprends jamais rien ! »
– « tu aurais mieux fait d’être artiste que manager! »
– « ne pensez vous pas que vous marchez à coté de vos pompes? »
– « j’aurais mieux fait de me casser une jambe le jour où je vous ai rencontré ! »

Ces quatre exemples, et tant d’autres, sont des attaques inconditionnelles. Elles mettent en cause la totalité de votre personne sans être reliées à des faits précis. Elles émanent le plus souvent :
– d’interlocuteurs sous le coup de la colère
– de personnes maladroites qui ne savent pas critiquer autrement
– de gens qui veulent sciemment vous faire mal
– de manipulateurs qui déguisent leurs attaques en allusions ou questions, le plus souvent avec un sourire

Forte, est alors la tentation de contre-attaquer ou de manipuler à votre tour. Mais vous êtes pris dans une nasse où vous vous épuisez en vain. Ce n’est pas parce-que l’on vous provoque qu’il faut répondre du « tac au tac. » En adoptant la même méthode que l’autre, vous devenez comme lui.

La première mesure à prendre consiste à vous ralentir. L’agression, en effet, produit un état d’urgence susceptible de vous faire perdre vos moyens. Ralentissez donc votre respiration, vos gestes, votre flux vocal. Votre pensée sera alors à même de reprendre le dessus. Le ralentissement vous permet de trouver des répliques efficientes. Profitez de ce moment de répit pour choisir une stratégie relationnelle : rupture, atténuation du conflit, refus de rentrer dans le jeu, pédagogie coopérative…
La deuxième est de faire le pari que cette attaque est une maladresse et non une méchanceté. En d’autres termes l’autre commet une erreur, une faute, une maladresse car il ignore que personne ne peut être que mauvaise dans l’absolu. Ce pari influence votre propre comportement et permet de passer de l’inconditionnel au conditionnel. Par exemple transformer l’attaque « tu ne comprends jamais rien ! » en « tu n’as pas compris ce que je t’avais expliqué il y a une semaine. »
La troisième mesure, à réaliser dès la lecture de ce billet, consiste à engranger de nombreuses options, développant ainsi votre sens de la répartie. En voici quelques unes sachant que vous pouvez en inventez d’autres. Partons de : « vous êtes déplaisant ! » et décrivons sept options le plus souvent usitées dans de tels cas.
– Dévoiler l’intention : « lorsque vous me dites cela, quelle est votre intention? »
– Revenir aux faits : « qu’ai je fait précisément pour m’attirer cette remarque? »
– Relativiser : « suis-je toujours déplaisant? »
– Rompre la relation immédiate : « Je suggère que nous nous revoyions à tête reposée pour reprendre cette discussion. »
– Confronter : « Je n’ai pas envie de coopérer lorsque je suis confronté à des attaques personnelles. »
– Exagérer : « je suis déplaisant, et quoi d’autre encore ? »
– Interpréter : « vous semblez être sous le coup d’une forte émotion. »
Pour commencer, choisissez une à trois options qui vous conviennent le mieux, engrangez des expériences, puis lancez vous dans des options plus osées à vos yeux.

Entrainez vous lors des deux semaines à venir et le cas échéant, posez moi des questions complémentaires en commentaires. Le prochain billet portera sur des techniques avancées servant à nourrir votre sens de la répartie.

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5 commentaires

voyance par mail

Je suis ton blog avec beaucoup d’intérêt depuis peu.


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Avatar de Philippe Domerc

Philippe Domerc

Préparer ses réparties revient à dire qu’on se situe dans l’agressivité et non dans l’assertivité. En général, l’attaque témoigne d’une faiblesse, et il est rare que la repartie fasse autre chose que envenimer ou cristalliser.


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    @Philippe Domerc : oui, votre remarque me semble juste car une repartie peut nourrir une escalade symétrique. Je pense, mais je n’ai pas le mot qui va avec, qu’il convient d’intervenir sur le processus et non pas le contenu. C’est cela que je vais développer dans mon prochain billet. Avez vous un terme à me conseiller à la place de sens de la répartie ?


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      Yves Pedrioli

      @Jean-Louis Muller :
      Merci pour votre billet, le sujet est extrêmement intéressant car il traite de ceux qui « pourrissent » souvent la vie d’une entreprise. Philippe Domerc a tout a fait raison de souligner que ce genre d’attaque sert le plus souvent à cacher l’incompétence, la faiblesse ou les erreurs de ceux qui les pratiquent.

      Pour ma part, je propose « esquive », car il s’agit bien de refuser d’entrer dans le conflit, et de montrer à l’interlocuteur qu’il n’a pas d’emprise sur nous.

      Une des méthodes que je pratique, particulièrement si la scène se déroule au sein d’un groupe, est d’ignorer l’attaque avec une regard compatissant et de continuer la discussion. Si la personne est coutumière de ce genre de fait, elle va se sentir en porte-à-faux avec le groupe.
      Il m’est arrivé aussi de dire simplement « Je te(vous) remercie pour ta(votre) remarque pertinente, mais c’est hors sujet ».


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        Avatar de Jean-Louis Muller

        Jean-Louis Muller

        Oui. Je prévois un billet sur les techniques d’esquive. Le point central pour moi, que je reprends des thèses de Girard : si je fais a l’autre, ce qu’il me fait, je deviens comme lui .


        Répondre

A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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