Nous y avions tous cru… Et au dernier moment, horreur ! malheur !

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

Les résultats de la finale de la coupe d’Europe de football ressemblent à de nombreuses situations en entreprises. Le manager motive, stimule ses équipiers afin de remporter une victoire, tout le monde y croit, l’enthousiasme touche tout le service , voire toute l’entreprise. Et puis, un grain de sable, un évènement fâcheux, une erreur fatale, un relâchement …et tous les rêves s’effondrent.

Illustrons cette déception :
– Vous venez de perdre une affaire représentant 15% du CA de votre entreprise alors que le client vous avait annoncé que vous étiez très bien placé.
– Vous vous êtes battu pendant un an avec votre équipe pour que votre projet soit retenu comme prioritaire par la direction de votre entreprise. Vous apprenez qu’il est rejeté.
Vous êtes dans la phase finale de lancement d’un prototype ayant couté plusieurs millions d’euros et mobilisé « à fond » plusieurs groupes projets. Un incident technique majeur détruit tout ou partie du prototype. Deux ans de travail pour rien.
-Vous venez de rater l’examen d’une formation diplômante après vous être investi « à fond » pendant18 mois en alternance et en y consacrant de nombreux week-end. Votre couple fut même mis en danger.

Pour couronner le tout, votre entourage professionnel, et privé, croyant à la victoire commence à vous blâmer :
– il aurait fallu que
– c’est de la faute à
– il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué
– tu nous a fait rêver, nous avons cru en toi, et maintenant, quelle déception…

Vous êtes alors confronté à un double enjeu. Comment surmonter personnellement cet échec, et comment aider les équipiers à se relever pour continuer à s’investir sur d’autres challenges d’avenir ?
La sidération peut faire émerger des pulsions primitives enfouies : envie de meurtre, fuite dans la folie, tentation suicidaire. Plutôt que de sombrer dans la dépression la plus noire, comment rebondir et vous ouvrir de nouvelles perspectives ?

Que faire pour vous- même ?

1-Tout d’abord, acceptez de ressentir et de vivre des émotions, même si elles sont taxées de signes de faiblesse. La chaine émotionnelle la plus probable dans de telles situations passe par la peur, la tristesse et la colère. Il est quasiment impossible de rebondir si vous ne passez pas par cette case là. Les émotions déniées se transformant en symptômes psychosomatiques.

2- Parlez-en à vos proches afin d’exorciser les pulsions ré émergentes. Obtenez du réconfort sans pour autant vous installer dans une posture victimaire. Le choc est rude, mais pas la peine d’en rajouter avec du pathos exacerbé. Attention à des pensées féroces : « Cela n’aurait pas du arriver », « Ce n’est pas normal », « je suis idiot, je n’ai pas vu le coup venir »…Refusez avec diplomatie la compassion exacerbée de ceux qui vous enfoncent encore plus en vous plaignant.

3-Posez vous des questions telles que : « maintenant que je sais que je viens de vivre ce qui pour moi est une humiliation, qu’est ce que je veux ? Comment en sortir la tête haute ? Quelles sont mes autres perspectives ? En quoi ce choc porte t’il des opportunités ? »

Que faire pour vos équipiers?

1-Laissez leur du temps pour vivre et exprimer leurs émotions. Employez le « nous avons perdu » et non « vous avez perdu ».
Ne laissez pas s’installer un cadre du blâme : « nous verrons ensuite , à froid, ce qui nous a conduit à notre échec. »
Précisez que nous tirerons plus tard les enseignements de cet échec et que notre priorité maintenant est de rebondir ensemble

2-Laissez passer une nuit et invitez les tous à un débriefing matinal. Posez les conséquences dommageables de cet échec , les suggestions pour les limiter, et ce que cela nous apprend.
Traitez l’échec en factuel : fait, pas fait, erreur… Et signifiez votre confiance dans l’être : nous restons une bonne équipe, ayons confiance en nous…

3-Posez des questions similaires à celles que vous avez testé sur vous : « Maintenant que nous venons de vivre cet échec, comment en sortir la tête haute? En quoi ce choc porte t’il des opportunités ?

Fort des réponses à ces questions, élaborez votre stratégie en tenant compte des éléments du contexte. Par exemple, si vous rencontrez l’hostilité de vos managers, osez proposer une rupture transactionnelle ou une mise à l’écart pendant un temps. Surtout, ne critiquez pas votre équipe, faites savoir que vous assumez votre responsabilité managériale. Dites quels sont les enseignements de cet échec et invitez votre hiérarchie à continuer à nourrir l’équipe de projets, que ce soit avec vous ou sans vous.

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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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