Comment se relever après un échec

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

- Vous venez de perdre une affaire représentant 15% du CA de votre entreprise.
– Vous vous êtes battu pendant un an pour que votre projet soit retenu comme prioritaire par la direction de votre entreprise. Vous apprenez qu’il est rejeté.
– Vous avez investi beaucoup de temps et d’énergie pour développer les compétences d’un collaborateur. Maintenant, alors qu’il est à niveau, il démissionne.
– Vous êtes leader d’une équipe chargée de mettre au point un prototype. Le jour des essais, il explose. Deux ans de travail qui s’envolent en fumée.
– Vous venez de rater l’examen d’une formation diplômante après y avoir consacré 18 mois en alternance et de nombreux week-end.

Ces cinq exemples, puisés dans la réalité, ont généré de fortes doses de désespoir et d’abattement sur les managers concernés. Vous-même, êtes-vous ou serez-vous touché par un ou plusieurs échecs. De surcroît, en tant que manager, vos attitudes et comportements lors de cet échec sont particulièrement observés par vos équipiers, vos collègues et votre hiérarchie. Vous jouez votre avenir et votre réputation sur vos réactions à l’échec.
Il va falloir vous remettre de ce traumatisme. Et si le pire dans une défaite, c’était le lendemain? Quand rien n’est digéré, mais qu’il faut y retourner, malgré tout. La reprise de contact avec le quotidien fait souvent très mal.  Comment faire quand on s’est investi des années dans un projet, qu’on a rêvé la victoire voire qu’on n’a même pas envisagé l’échec… et qu’on se plante?  Voici un processus en trois phases.

1. Accueillez la tristesse et la rage
Commencez par accepter les violentes émotions qui vous assaillent. Face à un échec, il faut accueillir la tristesse, la rage, la déception et ne pas chercher à les nier, car elles finissent toujours par ressortir plus violemment encore.
Les pleurs légitimement versés participent de cette première étape. Si la période « ouverture des vannes et des émotions » varie en fonction des situations et des personnalités, limitez-la cependant à 24 heures. Si la catharsis vous aide, osez crier seul chez vous, effectuez une course à pied rapide, tapez sur un punching ball…

2. Assumez l’échec
Quel que soit l’échec, une équipe et un manager doivent absolument éviter de tomber dans l’enfer du « si seulement », du « j’aurais dû » et autre lecture de signes avant-coureurs que personne n’avait vu. Il ne sert à rien de refaire l’histoire et de pointer les défaillances personnelles ou celles de ses collègues et coéquipiers. Ils risquent juste de se battre entre eux pour rien. Evitez également de tomber dans la plainte et la commisération. Surtout, ne vous défaussez pas sur les autres, le marché, la direction, les fournisseurs et les clients.
Le résultat catastrophique peut être partagé entre tous lorsque les équipiers ont demandé à partager la responsabilité. Mais dites-vous bien qu’en tant que manager ou chef du projet, vous êtes plus responsable qu’eux. Précisez que vous pensiez faire au mieux pour les intérêts de tous.
Insufflez, pour vous et vos équipiers qu’en tant que manager, vous faites partie du problème, et aussi de sa solution. Prenez l’initiative d’aborder la question de votre sort auprès de la hiérarchie, en particulier si vous estimez être grillé sur ce coup.

3. Réintroduisez l’idée du futur
Que ce soit suite à un échec personnel ou à un échec impliquant votre équipe, orientez les esprits, le vôtre et le leur, vers le futur. La projection et la construction du futur redonnent de l’espoir. Une fois le processus de résilience amorcé, les équipes meurtries peuvent s’asseoir autour d’une table pour parler et analyser les raisons de la déroute.
L’analyse des paramètres constituant l’échec doit être réalisé dans cette perspective. Deux simples consignes suffisent: « Qu’apprenons nous de cet échec pour l’avenir? Comment nous y prendre pour qu’il ne se reproduise pas? »

Terminons cet article par une histoire vraie
Un jeune ingénieur, en période d’essai, est chargé du développement d’un nouveau procédé. Mais suite à une série d’erreurs de calcul et de manipulations, le procédé n’est pas au niveau de qualité escompté. Tous les coûts afférents à ce développement raté s’élèvent à 100 000 €. Ce jeune ingénieur en est désolé, refait les calculs et trouve une bonne solution. Lors d’un entretien avec son boss, il lui dit : « j’ai fait perdre 100 000 € à l’entreprise, je pense que vous n’allez pas m’embaucher en CDI. » Et le boss de répondre : « Au contraire, nous venons de vous payer la formation la plus chère depuis dix ans. C’est un investissement que je veux faire fructifier. »

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5 commentaires

Gestion de projet en ligne

Gérer un échec n’est pas une chose facile. Merci pour ces conseils très pertinents.


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    @Gestion de projet en ligne : merci


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Eric

Je crois qu’on ne peux connaitre la réussite réellement qu’après avoir vécu l’échec.
Très bon article.


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Consultant en Marketing et Management

Il est quasi-impossible de toujours réussir, l’idéal c’est de tirer des avantages et leçons de l’échec et ne pas se laisser dominer par la mauvaise expérience.

L’une des belles illustrations, c’est Steve Jobs qui a cofondé Apple, puis il a été chassé de l’entreprise pour mauvaise gestion. Par la suite, Il a lancé une autre affaire « Pixar » qui a fait un franc succès, puis il est revenu à Apple, mais cette fois en ayant tiré de bonnes leçons de son ancienne expérience, et il l’a fait décoller alors qu’elle était en difficulté.


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    Oui.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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