Seul sur Mars: une belle leçon de management

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

J’ai vu cette semaine le dernier film de Ridley Scott avec Matt Damon, « Seul sur Mars », tiré du roman d’Andy Weir. J’ai apprécié ce film, son scénario, ses rebondissements, ses paysages et le jeu des acteurs. Au-delà de ses qualités distrayantes, j’y ai trouvé une série d’enseignements pour manager dans un univers complexe et critique. Je retiens sept focales essentielles.

1- Grande cause
Une grande cause mobilise puissamment les équipes et les individus. Alors que l’atteinte d’objectifs économiques et commerciaux, nécessite des stimulations extrinsèques telles que primes et promotions, la grande cause se suffit en elle-même. Dans le film, il s’agit de récupérer un cosmonaute « oublié » sur Mars et de relever des défis technologiques jamais connus jusqu’ici. La grande cause est une évidence : « On ne peut pas le laisser seul là-bas. » Du coup les équipes chargées de trouver des solutions s’impliquent au-delà des obligations liées au contrat de travail.

2 – Couple compétences individuelles , compétences collectives
Le héros, seul sur Mars, dispose d’un socle étendu de compétences. Manifestement il maitrise l’agronomie, l’électronique, la physique, la chimie et les mathématiques. Mais tout cela n’est rien sans compétences collectives rapidement mobilisées et synchronisées en plusieurs lieux. Le film montre que la vraie coopération est génératrice de nouvelles compétences. De surcroit, des acteurs , ignorés jusqu’à présent – l’agence spatiale chinoise dans le film- sont intégrés dans la mise en oeuvre des solutions.

3- Solutions hors procédures
Autant les codifications et les procédures apportent de la sécurité et de la fiabilité au système autant elles se révèlent lourdes et contre performantes en situation inédite. La résolution des problèmes complexes, de surcroit en situation critique suppose l’improvisation agile. Par exemple, dans le film, l’équipe de secours transgresse un tabou en faisant exploser une bombe à l’intérieur d’un vaisseau spatial pour le ralentir.

4 – L’écoute des jeunes décalés venus d’un autre monde
Un jeune homme, à la mentalité et au look complètement décalés par rapport à la majorité exprime une idée apparemment farfelue quant à la trajectoire optimale du vaisseau de secours. Au lieu de rejeter cette idée, les décideurs, malgré leur stupeur, la testent et la retiennent. Combien d’entreprises aujourd’hui s’enlisent dans la conformité ?

5 – Des décisions qui engagent tout le monde
Le grand patron de la NASA prend la responsabilité finale des décisions prises, néanmoins, il écoute les avis, si décalés soient-ils. Il demande à chacun d’exprimer son point de vue « à fond » et encourage les débats contradictoires. De même, la commandante du vaisseau de secours, habilitée à prendre les décisions, s’assure du consensus de ses équipiers : « si l’une ou l’un d’entre vous, refuse cette mission, nous la refuseront tous. »

6- On ne peut pas travailler dans le secret
Octave Gélinier, de son vivant président du groupe Cegos nous avait affirmé, il y a déjà vingt an,s que nous ne pouvions plus manager dans le secret. Même en imposant un embargo sur les informations sensibles, celles-ci sont diffusées par plusieurs canaux. Ce phénomène est illustré dans le film par les fuites dans le médias et les précautions de langage adoptée par ceux qui y sont confrontés. L’on voit aussi une scène où la direction décide de dire la vérité aux compagnons du héros : « il est toujours vivant sur Mars.»

7- Compliance et résilience
Dernière focale et non la moindre est la capacité des protagonistes à rebondir, apprendre des échecs, improviser pour s’adapter aux nouvelles données, changer immédiatement de voie si celle choisie se révèle stérile. Au risque d’apparaitre suranné , j’ai envie de relever une sentence entendue dans mon enfance : « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir »

Ce film m’a rappelé que déjà , dès 1975 , je me servais du « cas Nasa » que j’employais pour sensibiliser les managers à la redoutable efficacité de la coopération dans les situations complexes.

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6 commentaires

Portanery

Je suis d’accord avec l’idée de la « Vision » ou Grande Idée partagée conne l’un des 7 basiques du Management Top. Une Grande Idée enthousiasmante permet au Manager/Leader d’être suivi avec plaisir et engagement.
De même les compétences Individuelles et Collectives permettent la pérennisation des actions entreprises. Les mathématiciens le disent : « le tout est plus grand que la somme des parties »…… Là aussi, la vision systémique partagée par chacun permet l’accomplissement de tous, assez souvent. L’entreprise y gagne, et les collaborateurs aussi !


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    Un grand merci Emmanuel pour ce feedback. Tu clarifies, en les synthétisant, mes idées.


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Pierre

C’est un excellent billet ! Je n’ai pas encore vu le film mais j’aime le parallèle que vous faites. La gestion de crise est une situation délicate pour les entreprises, elle nécessite souvent un cohésion sans faille et le savoir-faire de tous.


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    On voit bien dans le film que la cohésion ne va pas de soi au début, et qu’elle s’impose avec l’aggravation de la crise


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Élise

Je trouve vos points 4 et 6 les plus intéressants, a méditer ! (+ l’acteur se nomme Damon et non Dillon :) )


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    Avatar de Jean-Louis Muller

    Jean-Louis Muller

    Merci, je viens de corriger. J’avais peut être bu du rhum Dillon


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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