Pour faire face aux contrariétés : la confrontation coopérative.

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

En réalité il existe pléthore de réactions possibles face à une forte contrariété. Mais comme vous l’avez observé lors du précédent billet, je les ai regroupé en quatre variantes : a) inhibition , b) escalade, c) déguisement, d) confrontation coopérative.

Reprenez le précédent billet pour vous remémorer vos réactions spontanées. Dans l’hypothèse où vous fûtes honnête avec vous même, vous avez surement décelé votre réaction habituelle. Quels sont les effets probables de chacune de ces attitudes?

L’inhibition débouche sur les stress d’intériorisation

l’inhibition est la plus dommageable pour la santé lorsqu’elle est subie et répétitive. L’empilement  des frustrations non traitées creuse le sillon de la dépression. L’entourage, repérant cette tendance, en profite. Les autres dévalorisent les inhibés, ou les plaignent- dévalorisation plus puissante. Nos malheureux héros se font exploiter par les autres, deviennent des « poires ». Ils cherchent à exister à tout prix en étant serviables et aimables. Plus ils donnent, moins ils reçoivent en retour. En l’absence de défouloir, dans les cas les plus graves, ces personnes se trouvent acculées vers trois issues dramatiques : le meurtre, le suicide ou la folie.Ces réponses extrêmes restent statistiquement rares, elles se manifestent de manière atténuée dans des expressions apparemment banales et de conduites observables.

L’issue meurtrière atténuée se décline avec des expressions du type : « Je vais me les faire », « Si ça continue comme cela, je le cogne ! », « Je vais l’exploser ! » La tendance suicidaire par : « Cela me tue ! », « il n’y a plus qu’à se jeter par la fenêtre ! », « je suis foutu, il n’y a plus qu’à tirer le rideau ! » La folie : « Ils me font perdre la tête ! », « je pète les plombs », « je vais me bourrer d’alcool ou de cocaïne ! » Dans l’univers des organisations et des entreprises, les conduites afférentes sont nommées risques psychosociaux : absentéisme, accidents de travail, baisse de productivité et de qualité, harcèlement mutuel…

 

L’escalade déclenche de la violence verbale, et parfois physique

La « meilleure défense c’est l’attaque » ou « ça passe ou ça casse ! » Telles sont les représentations mentales de celles et ceux qui optent pour l’escalade. Tels les primates, exhibant leur force et leurs attributs pour soumettre leurs congénères. Lors de ses manifestations paroxystiques, la colère, ainsi exacerbée se mue en crise de rage ou de folie. Le sujet ne contrôle plus ses propos et ses actes. Lors de nombreux procès aux assises, les accusés se défendent en prétextant l’existence d’une pulsion colérique : « c’était plus fort que moi ». Ce à quoi le juge peut rétorquer : « la fureur n’est pas une pathologie ».

Dans le film le Parrain de Francis Ford Coppola, le héros dit : « Ne hais jamais ton ennemi, cela fausse le jugement. »

Usitée rarement, cette forme de colère insuffle du dynamisme en libérant de la testostérone et de l’adrénaline. Elle peut avoir aussi des effets cathartiques.

Bien souvent l’escalade surgit violemment après une période d’inhibition. Ce que l’on appelle : « le retour du refoulé ».

Ce processus est décrypté avec les « 4 dragons de la l’inhibition »

1er dragon : la frustration – la colère est inhibée. Vous avez l’impression de subir la pression ou la volonté des autres. Vos propres besoins ne sont pas pris en compte. Les expressions typiques de cette phase de frustration sont « j’avale des couleuvres », « je prends sur moi », « je ravale ma salive », « cela me mine », « j’ai les boules »…

Avec le temps, le 2ème dragon émerge : le remords – Vous vous en voulez à vous-même  de n’avoir rien demandé ou de ne pas avoir réagi. Vous vous  auto -dévalorisez. Vous écornez votre propre estime.

Puis le 3ème  dragon est l’irritation- Vous les ressentiments envers les autres et envers vous-même. Un « rien » vous irrite. Vous sentez monter la rage en vous. Vous interprétez tous les comportements de ou des autres avec un prisme négatif.

Si cette irritation n’est pas stoppée, le 4ème dragon : le désir de vengeance s’impose. Ce désir se transforme en actes destructeurs, contre autrui, contre soi, contre des objets, contre d’innocentes victimes…

 

Le déguisement fait émerger des jeux de pouvoir

Les deux manifestations précédentes sont primaires et aisément décodables. Elles renvoient à la préhistoire et aux rapports de force visibles et évidents. Les protagonistes disposent de peu de mots pour exprimer ou réprimer leur colère. Celui qui s’inhibe  se soumet à la volonté des autres ; celui qui escalade va droit au but sans tenir compte des autres.

Plus sophistiquée est le déguisement. La colère est bien présente mais elle est exprimée avec des détours. Dans de nombreuses cultures, dont l’occidentale, il est de bon ton, pour prouver sa bonne éducation, de châtier son langage et d’éviter les expressions crues et directes. Par exemple, l’expression crue: « je veux, tout, tout de suite ! », va être remplacée par : « auriez-vous l’obligeance de bien vouloir ? »

Le déguisement est parfois efficace, mais pas efficient. Son auteur obtient ce qu’il veut, mais les autres sentent monter en eux une sourde inquiétude. Certains se sentent manipulés, d’autres encore harcelés ou persécutés.Le déguisement est décodé par les plus perspicaces qui comprennent aisément que « mon cher ami » signifie « pauvre imbécile ! » L’écart entre la colère ressentie et son expression atténuée génère des sous-entendus et des jeux de  pouvoir.

Le point commun de ces trois réactions à la contrariété réside dans une conception du monde où la seule alternative est de perdre ou gagner. Lorsque vous adoptez ces attitudes, vous ne vous octroyez pas le droit de vous mettre en colère ou vous voulez imposer votre seul point de vue par la crainte que votre colère génère chez les autres. Vous reproduisez ainsi des comportements archaïques et pulsionnels en faisant fi de vos propres besoins et de ceux des autres.

 

La confrontation coopérative assainit la situation et ouvre la voie de la négociation

Globalement, exprimer sa contrariété sainement consiste à l’afficher sans anxiété excessive, défendre ses intérêts sans nier ceux des autres, résoudre des conflits de manière créative, être vrai sans naïveté ni méfiance. Pour parvenir à ce type de sagesse, commencez par vous octroyer des droits. Voici une série de question qui vous éclaire sur les permissions que vous vous donnez à vous-même. Retenons sept permissions fondamentales.

-Droit d’exister. Est-ce que je m’autorise à être présent avec les autres, bien vivant, unique ? Est-ce que j’assume qui je suis, avec mes faiblesses et mes qualités ?
-Droit de m’intégrer et de donner mon avis. Est-ce que je fais le premier pas pour aller vers les autres et me faire connaitre ? Est-ce que je m’autorise à donner sereinement mon avis, même face à la contradiction ?
-Droit d’être spontané. Est-ce que je suis simple et direct au cours des discussions avec d’autres ? Est-ce que je m’autorise à montrer mes peurs, ma tristesse, mes colères et mes joies ?
-Droit d’être important. Est-ce que j’ose user de mon influence ? Fais-je connaitre mes réalisations et mes réussites ?
-Droit de prendre des initiatives. Est-ce que je m’autorise à faire des choses inhabituelles ? Est-ce que j’assume mes positions décalées, voire non conformes ?
-Droit d’échouer. Est-ce que je me donne droit à l’erreur ? Est-ce que j’admets que la réussite passe par des échecs ?
-Droit d’apprendre en permanence ? Est-ce que je m’autorise à être curieux et changer d’avis ? Est-ce que je pense que je suis intelligent ?

Ces sept permissions sont le terreau de la confiance en soi. Donnez aussi ces droits aux autres pour instaurer des relations de confiance. Défendez vos droits et respectez ceux des autres. Lorsque vous êtes bienveillant envers vous, vous l’êtes avec autrui. La confrontation coopérative vous permet de signifier ce que vous voulez ou un changement souhaité, sans pour autant user de terreur.

 

Le prochain billet abordera les méthodes et outils de la confrontation coopérative.

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1 commentaire

Site licenciement pour faute grave

Effectivement la confrontation doit rester positive dans l’entreprise, comme dans la vie privée d’ailleurs.
Dans l’entreprise il faut éviter de glisser d’une expression légitime vers un vrai conflit, qui pourrait déboucher sur un harcèlement réciproque ou unilatéral, sur une vraie violence, ou même sur des injures…
Tout cela est, en effet, susceptible de conduire à un licenciement pour faute grave.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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