Prenez vous plaisir à manager?

Jean-Louis Muller, publié le , mis à jour à

Les organisations sont plus complexes, plus fluides et résolument orientées vers la satisfaction des clients et des usagers. Dans le même temps, les ressources humaines, financières et matérielles sont de plus en plus limitées. Et puis, pour couronner le tout, le personnel est réticent aux formes archaïques de commandement hiérarchique.

Aujourd’hui, et probablement plus demain, le management relève d’un équilibre instable entre des données apparemment contradictoires. Le manager fait faire plus et mieux, avec moins de moyens. Il incarne les orientations de sa direction générale ou des autorités de tutelle, instaure un ordre organisationnel tout en invitant le personnel à adopter des attitudes agiles, incite chacun à s’adapter aux évolutions numériques, et oriente le collectif vers le service de qualité envers les clients.
Quadrature du cercle, me direz vous? Non, tout simplement exercice « normal » de l’encadrement de nos jours.
Il existe bien sur de nombreuses méthodes et outils constituant des repères utiles pour être un manager efficient. Ne vous privez pas des bonnes pratiques et des résultats des recherches en sociologie du travail, psychosociologie et neuro sciences. Vous opérez, j’espère, Des connexions permanentes entre « sens » et  » actions ». En effet, sans sens les managers s’épuisent, se surmènent et compensent toutes les dysfonctions du système . Sans actions, les managers perdent toute autorité et influence.
Au risque de vous provoquer, le premier outil de management, c’est le manager lui même. C’est en effet, la manière dont vous incarnez la stratégie, vos attitudes lors des changements, votre capacité à inspirer la confiance qui constituent votre vrai socle managérial. Lors des périodes difficiles et de crises, les attitudes et comportements du manager sont « sur interprétés » par toutes les parties prenantes de l’entreprise. L’intelligence des situations prime sur l’application stricto sensu des recettes.
Quelles sont donc les compétences à consolider et développer pour exercer ses rôles managériaux ? Retenons en trois principales.
Compétences stratégiques : donner du sens, ouvrir des perspectives, penser l’avenir, favoriser l’innovation permanente. Réussir à faire réussir les équipes et les personnes.
Compétences prévisionnelles : fixer des objectifs, assurer un contrôle continu des indicateurs de performances, prendre des dispositions organisationnelles, bousculer les routines, optimiser la gestion des ressources, contribuer à la dématérialisation.
Compétences relationnelles : favoriser la coopération, détecter et traiter les griefs, anticiper les risques psychosociaux, inspirer confiance, faire émerger le « bon vouloir » des collaborateurs , évaluer pour faire progresser, sanctionner les comportements « hors jeu »
Ces trois séries de compétences servent une philosophie de l’action constructiviste et courageuse. Loin de moi l’illusion de toute puissance des managers. Votre pouvoir est limité par vos managers, le personnel et ses représentants ainsi que les clients et partenaires. C’est pourquoi, me référent au stoïcien Sénèque, votre courage est un dosage judicieux entre lucidité et volonté. Lorsque vous « n’avez pas la main » sur une situation, faites preuve de lucidité, prenez de la distance et conservez une part de volonté si une opportunité émerge. En revanche, si vous « avez la main », faites preuve de volonté en exerçant vos pouvoirs et conservez néanmoins une once de lucidité pour prendre en compte les contraintes.
Oui, le management est complexe et stressant, il est aussi source d’apprentissage permanent et de plaisir.
Partagez vous cet avis ?

 

 

 

 

 

AILLEURS SUR LE WEB

Contenu proposé par Taboola

Commentez cet article

Votre commentaire sera publié directement et modéré a posteriori. En publiant vous acceptez la charte des commentaires

2 commentaires

Michel SILVA

Merci beaucoup pour vos propos !


Répondre

Avatar de Frédéric

Frédéric

Le manager est toujours dans une situation analogue au second d’un capitaine d’un gros navire.

Si le second ne partage pas la manière dont le capitaine dirige le bateau ou si le capitaine n’approuve pas la conduite du second, quand la mer est calme et que le soleil brille, il est tout à fait possible de traverser les océans de long en large sans que rien ne puisse transpirer auprès du reste de l’équipage et sans que le bateau ne soit menacé en apparence.

Malheureusement, depuis quelques années la météo est mauvaise et le bateau doit affronter tempête sur tempête. Hors, même si le capitaine a les meilleures compétences techniques possibles en matière de navigation mais qu’il pense pouvoir mener seul l’équipage en ayant une attitude très autoritaire et dénuée d’explications et de sens, le navire risque vite de se transformer en radeau de la méduse. Dans cette situation, si le second se rebiffe, il est condamné à la mutinerie ou a être mis aux arrêts.

En cette période difficile les bateaux sont rares et la plupart des seconds préfèrent attendre la fin de la tempête en espérant le retour du beau temps…

Cependant, les meilleurs d’entre eux auront réussi à tempérer les humeurs du capitaine et à se conduire comme des capitaines auprès du reste de l’équipage en menant, au final, le bateau à bon port.

Ô capitaine, mon capitaine…


Répondre

A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

A propos de l'auteur

Commentaires récents

S'abonner au flux de ce blog

[De quoi s'agit-il?]

Retour vers le haut de page