La démarche systémique expliquée en une page

Jean-Louis Muller, publié le

Au lieu d’analyse systémique, analyse renvoyant à une étude en profondeur des éléments d’un système, je préfère « lecture », « regard », « démarche » ou « approche » systémique. En effet, la systémique est une approche globale qui nous invite à prendre de la hauteur pour observer les relations entre les éléments sans s’attarder sur les éléments eux-mêmes. Par exemple, si dans une équipe, l’un de ses membres adopte une conduite anomique, la lecture systémique consiste à voir en quoi ses comportements participent à l’équilibre du système. Pendant que cette personne pose un problème à son manager, les autres membres de l’équipe vivent à l’abri de ce bouc émissaire. Ce qui apparait comme une dysfonction pour ceux qui n’adoptent pas cette distance, est utile pour le système. Alors que le manager analytique s’épuise à vouloir changer la psychologie des autres, le systémicien changera le contexte pour faire évoluer les attitudes et comportements. Un collaborateur jugé « nul » dans un poste, un lieu et un chef, peut très bien se révéler performant dans un autre poste, autre lieu et autre chef. Et vice versa.
La distance systémique offre de nouvelles perspectives et des ressources pour traiter les situations difficiles. Voir en quoi la dysfonction apparente sert le système protège les managers de l’épuisement par la répétition du « toujours plus de la même chose ». Au lieu de se lamenter sur les résistances au changement et à vouloir les vaincre à tout prix, le manager qui adopte cette approche se dit : « chic, les résistances aux changements me signalent que le changement est en train de se réaliser. »
Quels sont les outils qui ressortent de l’approche systémique ? Focalisons-nous sur cinq d’entre eux, sachant que ces outils interagissent entre eux.
1. Pour comprendre un phénomène, le systémicien abandonne la recherche de La Cause, au profit des paramètres influents, sachant qu’il ne pourra pas isoler tous ces paramètres.
2. Il suffit d’observer les relations dans une équipe ou un service pour comprendre quelles sont les régulations et les jeux de pouvoir à tous les niveaux, y compris au sein de l’équipe de direction. Les relations au sein d’un groupe sont l’hologramme de l’ensemble.
3. Le systémicien est dubitatif quant aux finalités et aux valeurs affichées. La finalité d’un système est son état au moment où on l’observe. Lorsque le discours est à la coopération et que les pratiques sont à la compétition, l’on peut en déduire que la finalité non officielle est la performance par la compétition. Et vice versa.
4. Au même titre que du temps de la royauté, il suffisait d’annoncer « le roi est mort, vive le roi » pour perpétuer la dynastie, les organisations ont des velléités transcendantales. Elles se débrouillent pour se servir des bonnes volontés disponibles tout en s’affranchissant des acteurs. Les organisations sont amorales.
5. La démarche systémique est constructiviste, pas la peine de s’attarder à analyser en profondeur les causes des problèmes et construisons l’avenir en transformant les contraintes en données à traiter

En d’autres termes, l’approche systémique contribue à l’agilité des organisations, des équipes et des personnes pour innover et prendre de vitesse des concurrents alourdis par les pesanteurs de la pensée analytique et linéaire.

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2 commentaires

Portanéry

C’est vrai, la démarche systémique résoud bien des difficultées en entreprise d’une façon souvnet désarmante de simplicité ; encore faut il y penser……. « Prescrire le symptome », « Provoquer l’insupportable », « Faire ce que l’on craint le plus », « Amplifier », sont autant de méthodes paradoxale et fort efficaces !

A tenter au quotidien………


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Jean-Louis Muller

@Lamt : moi


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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