Une « brebis galeuse  » dans votre équipe ?

Jean-Louis Muller, publié le

J’accompagne des managers depuis plus de trente ans et une histoire récurrente m’est narrée par nombre d’entre eux. Ils se plaignent d’avoir une « brebis galeuse » au sein de leur équipe. Ces histoires révèlent cinq constantes. Voici comment elles sont énoncées par les managers concernés.

  1. L’équipe fonctionne bien et est efficace, c’est dommage que l’un de ses membres ne soit pas aussi sérieux que les autres
  2. C’est toujours le même qui pose problème : retards répétés, contestations lors des réunions, non respect des procédures ….
  3. J’ai l’impression que les autres membres de l’équipe me reprochent de ne rien faire pour résoudre ce qu’ils considèrent comme une injustice a leur égard, eux qui travaillent correctement
  4. J’ai peur que le comportement de la  » brebis galeuse » dégénère et que son exemple fasse école auprès des autres
  5. Si seulement je m’en débarrassais en le mutant ou l’excluant, tout marcherait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Les managers concernés agrémentent leurs plaintes par des considérations psychologiques qui vont de :  » il n’est pas normal » à  » c’est un psychopathe cyclothymique « . Manifestement, ils concentrent leur attention sur la brebis galeuse, adoptent un raisonnement logique teinté de psychologie, mais ne perçoivent pas les relations entre les éléments du système. Ils ne voient pas non plus que cette dysfonction est certes ennuyeuse mais qu’en fin de compte l’efficacité de l’équipe est assurée. Celles et ceux qui agissent dans leur cadre logique se créent plus de problèmes qu’ils n’en avaient.

Portons un regard systémique sur cette situation. Comment?
Tout d’abord, prendre de la distance pour évaluer si le système – dans ce cas précis l’équipe- est efficiente ou pas. Si elle ne l’est pas, il convient de s’y atteler, ce qui n’est pas l’objet de ce billet.
Détecter ensuite quels sont les avantages pour le système de ce qui semble, à première vue,un problème . Le plus souvent, en effet, la brebis galeuse aide les autres membres de l’équipe. Elle exprime, en les exagérant les petites rébellions des autres. Et pendant que vous êtes occupé avec elle, les autres équipiers sont tranquillisés : » nous ne sommes pas problème pour notre chef et pendant qu’il est occupé ailleurs , il nous fiche la paix. » Lorsque la brebis galeuse est virée ou mutée, les mêmes qui s’en plaignaient se retournent contre le manager taxé de tyrannie et d’arbitraire. Ils sentent bien que l’équilibre du système va être perturbé.
De plus, lorsque vous écoutez les récriminations de votre rebelle, une partie de ce qu’il dit peut vous aider à bousculer les routines, accélérer un changement ou améliorer la cohérence et la pertinence d’un processus.

Est ce à dire qu’il faut  » baisser les bras ? » Vous aurez deviné que la réponse est non.
Si vous estimez que votre brebis galeuse est utile pour le système eu égard aux considérations systémiques qui précédent, vous n’en faites plus un problème pour vous mais vous donnez des signes , par des douces remises a l’ordre ou un rappel à la loi, sans pour autant y mettre de l’énergie. Vous faites  » comme si » vous étiez préoccupé sans l’être au fond de vous.
Si la brebis galeuse se met hors jeu et si elle constitue un vrai danger pour l’efficacité collective, il convient ici de prendre les mesures nécessaires si vous avez le pouvoir en vous coordonnant avec votre propre manager.
L’une des règles de la systémique, difficile à accepter, est qu’une dysfonction répétitive a l’intérieur d’un système a peut être une fonction utile pour l’ensemble du système.
Partagez vous ce point de vue?

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3 commentaires

Avatar de did

did

Mais si la « brebis galeuse » est le fils du patron??


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    Avatar de Anonyme

    Anonyme

    @did :


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Avatar de jlmuller

jlmuller

Commencez par évaluer si c’est un problème pour vous. Si cette situation ne vous gêne pas, ne faites rien.
Si vous êtes géné , posez vous la question : qu’est ce que je veux sachant que le fils du patron me pose problème? Prenez une décision et assumez là. Plus vous avez d’options en tête et mieux vous vous portez. Le spectre des choix dépend de vos pouvoirs, de votre employabilité, de vos alliés, de vos compétences et de votre courage.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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