La génération « y » serait-elle une fantasmagorie ?

Jean-Louis Muller, publié le

Ayant conçu un nouveau stage Cegos : « Obtenir des résultats sans autorité », j’ai voulu l’animer la semaine dernière pour tester sa véracité. Je me suis retrouvé avec un groupe de douze jeunes chefs de projets et d’assistantes, oscillant entre 25 et 35 ans ; un aperçu de la fameuse génération « y ». Ils étaient tous munis d’un Smartphone et/ou d’une tablette numérique, les garçons étaient habillés en jeans et chemise ouverte ou polo. D’eux d’entre eux portaient de fines boucles d’oreilles. Tous avaient les cheveux très courts. Aucune des filles ne portait un tailleur, elles étaient en jeans  ou en jupe courte, voire un short. Lors du tour de table visant à ajuster leurs attentes par rapport au programme, tous demandaient des trucs et astuces directement applicable, l’un même a précisé : « apportez-moi la bonne méthode pour réussir tous mes projets.» La majorité précisa que le fait de fonder une famille et de faire des enfants n’étaient pas les priorités du moment.

Je me suis dit : « aïe ! Ils présentent plusieurs caractéristiques de la génération « y » telle que représentée dans les médias et l’opinion publique. Ils étaient « branchés » nouvelles technologies, probablement zappeurs, peu soucieux des anciennes conventions et des codes vestimentaires dominants dans les entreprises, et en demandes opérationnelles très centrées sur le pratico-pratique et le présent immédiat. Néanmoins, j’ai décidé d’animer le séminaire « à la papa » en prenant le contre-pied des représentations dominantes. J’ai commencé par affirmer que je serais très riche si la bonne méthode existait et que l’application stricto sensu de techniques et d’outils se heurte au mur du contexte, des représentations mentales et des postures managériales. Je les ai invités à se poser pendant ces trois jours pour prendre le temps du recul et de la réflexion. J’ai choisi une pédagogie centrée autour des cas réels des participants dans une perspective réflexive : « en quoi vous faites partie du problème et en quoi vous faites partie de sa solution.» Et puis pour couronner le tout, je les ai aidés à faire émerger leurs enjeux. Pour résumer, ils ont beaucoup travaillé sur l’intelligence des situations. Bien sûr, sans power point, ni artifice pédagogique.

Eh bien, ils furent très impliqués, demandeurs de références théoriques et écrivirent tous, trois jours plus tard sur les évaluations que ce fut pour eux une expérience très utile et applicable.

Un clin d’œil pour vous signaler que je suis stupéfait par les résultats d’une enquête publiée par le journal le Monde daté du 24 Novembre – cliquez ici-  qui m’informent que mes représentations optimistes sur la jeunesse ne sont pas partagées par la majorité des répondants.

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8 commentaires

Emmanuel Portanéry

Merci, Jean-Louis de mettre en perspective l ‘enquête du journal « Le Monde » , avec ta perception et les éléments factuels vécus lors de ce stage .
Hormis le fait que souvent « Le passé critique l ‘avenir  » , ainsi que le révèlent les écrits Grecs et Romains avant et après JC, il y a peut être actuellement dramatisation de la « Génération Y » en terme de comportements et de mode de pensée.
Avec du recul , en stage, j ‘ observe des modes de pensée intéressants et utiles , de mon point de vue, dans le fonctionnement de cette génération : rapidité de réflexion, capacité à se focaliser sur un point spécifique , flexibilité mentale , propension à tenter des choses différentes……

Les clients que nous avons en formation représentent ils pour autant l ‘exact miroir social de la jeunesse ? les choix de faire une formation , de compléter ses acquis, de se remettre en cause , et même d ‘évoluer sont ils l ‘ apanage de certains ou bien sont ils partagés par tous ?
Et en terme de systémique , pourrait on dire que ton autorité diplomatique est bien mieux passée auprès d’eux que l ‘ autoritarisme que cette génération Y semble rejetter assez fortement ?

La capacité à se mobiliser , à s ‘investir dans un contexte spécifique s ‘est en tous cas vérifié dans le stage ; et avec une belle expérience Humaine à la clé ! penser divergent est d ‘autant plus efficace, selon moi, que cela se vérifie aussi dans les faits ; ce fut le cas , et je crois que de l ‘autre coté des tables , il y a eu aussi réflexion approfondie sur le Management…..


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Jacques Fayet

3 minutes à partager…
Elles en disent + long sur les « représentations » que le sondage du journal « Le Monde » qui semble plutôt faire état de nos propres craintes.
Faisons confiance en la jeunesse, comme nous on aurait aimé qu’on nous fasse confiance au même âge…


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Jacques Fayet

Avec le lien se sera plus clair :
http://www.dailymotion.com/video/xlbc44_la-generation-y-a-helmo_school

3 minutes à partager…
Elles en disent + long sur les “représentations” que le sondage du journal “Le Monde” qui semble plutôt faire état de nos propres craintes.
Faisons confiance en la jeunesse, comme nous on aurait aimé qu’on nous fasse confiance au même âge…


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Jean-Claude Dussaucy

Vous avez raison : la réalité n’est pas aussi grise que certain veulent nous faire croire. Je le constate au quotidien. Il faut faire confiance, en particulier, aux moins de 30 ans, les associer à la réflexion dans des fresh-thank !
C’est la raison pour laquelle j’ai la conviction que l’intelligence collective devra prochainement irriguer les têtes et … les entreprises, voire la vie publique !


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Elisabeth Lahouze Humbert

Néanmoins, j’ai décidé d’animer le séminaire « à la papa » ??????
J’ai commencé par affirmer que je serais très riche si la bonne méthode existait et que l’application stricto sensu de techniques et d’outils se heurte au mur du contexte, des représentations mentales et des postures managériales.
Vous avez donc adopté une posture honnête et éthique : c’est leur demande !
Je les ai invités à se poser pendant ces trois jours pour prendre le temps du recul et de la réflexion. J’ai choisi une pédagogie centrée autour des cas réels des participants dans une perspective réflexive : « en quoi vous faites partie du problème et en quoi vous faites partie de sa solution.»
Vous n’avez travaillé que sur du concret : c’est leur demande !

Et puis pour couronner le tout, je les ai aidés à faire émerger leurs enjeux. Pour résumer, ils ont beaucoup travaillé sur l’intelligence des situations.
Vous leur avez parlé d’eux-mêmes : c’est leur demande !

Je suis l’auteur d’un ouvrage qui s’intitule « Le choc générationnel » et je ne comprends pas votre étonnement quant à la pédagogie que vous avez utilisée pendant ce séminaire et surtout cette notion de « à la papa » et ce constat « sans power point »


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Jean-Claude Dussaucy

Halte au marketing sur le choc des générations, très bien traité d’ailleurs par Carol Alain, un véritable expert.
Dans l’entreprise, toutes les générations sont présentes avec collectivement un objectif d’efficacité et de performance de l’entreprise. Les managers doivent donc comprendre qu’il ne leur appartient plus de penser pour les autres. Mieux vaut réfléchir ensemble pour faire évoluer les perceptions des collaborateurs et trouver des solutions durables (en dehors de yaka, faukon, …).
C’est bien l’objet de l’intelligence collective !


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    Avatar de jlmuller

    jlmuller

    Bonjour.
    S’agit il de Alain Cayrol qui m’ a supervisé en analyse transactionnelle et initié à la Pnl ?


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Avatar de Abdellah BEN MLIH

Abdellah BEN MLIH

Bonjour Jean-Louis,
J’ai lu ton témoignage/analyse sur ton blog. Je l’ai trouvé stimulant dans la mesure ou il nous met en garde contre la lecture stéréotypée de la réalité, qui est toujours plus complexe et plus ubtile. Ton analyse nous invite également à ne pas céder à la facilité; la pédagogie de la séduction!
Par ailleurs, il me semble que tu es d’accord pour considèrer que le phénomène générationnel existe depuis notre entrée dans ce qu’ on appelle la modernité. Ce phénomène a connu une accélération ces vingts dernières années du fait deux processus : le numérique et la mondialisation. Des comportements inédits apparaissent se traduisant par des changements significatifs dans le rapport au travail, à l’autorité, à l’apprentissage… Ton choix de les faire travailler sur leurs propres enjeux et de les nourrir par quelques concepts est une réponse a leur mode de fonctionnement, quête de sens et posture égocentrée.
En conclusion, il me semble que la génération Y a autant d’atouts que n’importe quelle génération qui l’a précédée. Il est vain de dénigrer le comportement de la génération Y dans la mesure où c’est elle qui dessine le devenir de l’entreprise dans ce qu’il a de meilleur et de pire. Au manager de savoir se servir de l’habileté de cette génération et d’accompagner la dynamique qui est à l’oeuvre.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

A propos de l'auteur

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