L’urgence et le chien de Pavlov

Jean-Louis Muller, publié le

Lorsque les événements inopinés sont teintés de la couleur du danger, ils suscitent une atmosphère de fébrilité. L’urgent réveille les besoins de faire face à l’adversité, d’être indispensable, de sauver les autres ou le système. Les managers, à des degrés divers, sont conditionnés par les stimulateurs de l’urgence que sont le Smartphone, le mail agrémenté d’un point d’exclamation , le mot « urgent » écrit en rouge sur un mémo, le responsable hiérarchique qui s’écrie: « venez dans mon bureau tout de suite, c’est urgent ». Les managers qui n’y prennent garde ressemblent alors au chien de Pavlov prisonnier d’un système répétitif  « stimulus / réponse ». Ce qui est décrété urgent prend valeur d’ordre.

Une personne qui ne sait pas fixer des priorités et des calendriers se laisse gouverner par chaque événement qui surgit. Elle traite « toute affaire cessante » les urgences, au fur à mesure qu’elles se présentent sans vérifier si elles sont vraiment essentielles.

Le concept d’urgence dans les entreprises est une sorte d’abus de pouvoir. L’urgence est une terminologie médicale adaptée aux évènements où la survie des personnes est en jeu. L’urgence peut être aussi associée aux situations catastrophiques telles qu’un incident nucléaire ou un incendie. Au nom de l’urgence, des chauffeurs de camion ou des coursiers prennent des risques inconsidérés. Sachons prendre des distances par rapport à l’amalgame entre situations urgentissimes et catastrophiques et urgences décrétées par un collègue, un manager, voire même un client.

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6 commentaires

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Hecquard

Le culte de l’urgence fait beaucoup de dégâts dans les organisations. On n’a même plus le temps d’écrire le mot et les mails portent maintenant des mentions « TU » (très urgent), « TTU » etc. On voit bien que les expéditeurs ne savent plus comment faire ressortir leur message du flot continu. Ca ferait rire si ce n’était pas source d’autant de stress. La seule gestion possible au bout d’un moment est de laisser poser sans réagir : une bonne partie se « traite » du coup toute seule, par un classement vertical, puisque ce qui n’est pas traité dans la minute n’a plus de valeur :)


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Emmanuel Portanéry

Le culte de l’urgence a souvent tendance à développer des comportements erratiques dans l’entreprise : les collaborateurs s’affolent, mélangent Urgent et Important, ne distinguent plus les vraies priorités, traitent certains dossiers en surface……et au final, risquent de prendre des décisions inappropriées au contexte !

Le microcosme me semble égal au macrocosme a bien des égards : dans la nature, les processus d’accélération excessifs créent des dysfonctionnements des systèmes organisationnels, sociaux , personnels et biologiques ; le cancer est l’un de ces dysfonctionnements ; il y en a bien d ‘autres.
Les réflexes Pavloviens qui sont en train de se créer me semblent fort destructeurs à moyen et long terme ; absorber, comprendre, digérer, intégrer, transformer, ne sont pas des mots similaires ; pour être correctement utilisée en entreprise, chaque action suppose la maitrise suffisante de l’étape précédente.
Le culte de l’Urgence nuit gravement à cela, de mon point de vue.

Une courbe mathématique développée il y a quelques années montrait que l’évolution des mentalités se développe en progression Arithmétique (2, 4, 6, 8, 10, 12, 14…..) et cela semble constant au fil des ans ; tandis que l’évolution scientifique, qui suivait la même courbe jusqu’à la fin du 19e siècle, semble depuis suivre une progression Géométrique (2, 4, 8, 16, 32, 64, 128……) ; certains parlent même d’une possibilité de progression exponentielle d’ici 50 ans ; l’écart qui se creuse saute aux yeux : nous pouvons très bien créer un ordinateur ou un Blackberry de 10Go , nous ne pouvons créer un être dont le cerveau suivra la loi de Moore en informatique.

L’urgence non maitrisée risque donc de créer plus de chaos que de cohérence dans les années à venir.
Mais vous n’êtes pas obligé de me croire.

Bien Cordialement
Emmanuel


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Vincent

A méditer!


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veronique

Bonjour jean louis,

Je serai tenté de dire qu’un peu d’ugence ne fait pas de mal, mais si tout est toujours urgent, il doit y avoir un probléme plus profond d’organisation ou de ressources.


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Avatar de jlmuller

jlmuller

Oui Véronique
Vérifions avant de les traiter qu’il s’agit de vraies urgences et non pas un symptome de frénésie organisationnelle.


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Patrick AID

Bonjour, je viens de découvrir votre site internet et je le trouve très intéressant, je pense le consulter règulièrement. Bonne continuation.http://depannageordi.fr


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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