Changement : deuil ou processus d’appropriation ?

Jean-Louis Muller, publié le

Une psychiatre américaine, Elisabeth Kübler-Ross a théorisé une courbe de deuil décrivant une suite de phases vécues par une personne au seuil de sa mort. Cette courbe est validée par les initiateurs et patriciens des soins palliatifs. Le cinéaste Bob Fosse, romança ce processus dans le film que j’ai aimé : Que le spectacle commence (All that jazz) sorti en 1979.  La courbe de deuil se décompose en cinq phases : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation . Pour Elisabeth Kübler-Ross, cette courbe pouvait s’appliquer à la perte d’un être cher et à une amputation. Le périmètre scientifique de concept est bien l’accompagnement de la perte de la vie, d’un proche ou d’un membre.

De là à étendre ce concept à tous les changements est une torsion épistémologique. Une réorganisation, l’abandon d’une méthode pour une autre, un retournement du marché, génèrent des inquiétudes et des craintes. Mais à quoi bon rajouter du stress et de l’angoisse en nommant deuil ce qui participe à un processus d’évolution ou de transformation ? Les formations et articles qui expliquent aux managers qu’ils vont accompagner la courbe de deuil lors du pilotage des changements instillent chez eux des représentations dramatiques. Je ne nie pas les souffrances et les risques psycho sociaux lorsque les managers sont insensibles ou scandent : « la crise est une opportunité ». Les changements sont pour de nombreux acteurs subis plutôt que choisis. Les plus fragiles, qui ne voient pas d’issues, adoptent  des conduites de violence exacerbée ou suicidaires.

J’invite les managers à accompagner les changements entre les trois exagérations que sont l’insensibilité, l’optimisme béat et l’hyper dramatisation. C’est pourquoi j’ai choisi depuis plus de dix ans le concept de « processus d’appropriation des changements » : peurs, évaluation des gains et des pertes, projection dans l’avenir, implication. Les managers participent ainsi à la construction de l’avenir.

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2 commentaires

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tournier

Deuil et/ou transformation? Quand je lis ton propos, je me rappelle une conférence récente de François Julien faisant état des différences entre pensées occidentale et orientale: pour nous occidentaux, il y a un début et une fin (la vie, la mort, et donc le deuil…), pour les orientaux, il n’y a pas de début ni de fin (la vie = de la naissance à la mort à la naissance à la mort etc…, et donc transformation). Tu soulèves là – et tu le sais bien – quelque chose de beaucoup plus large qui se rattache à la vision du monde de l’Asie et de l’Occident ! L’autre question que l’on peut se poser est toujours celle de l' »outil » et de l’utilisation qu’on en fait. En tous cas, merci jean-Louis de ton énergie bousculante, qu’elle ne s’arrête jamais !! :-)


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Emmanuel Portanéry

Les phases de transformation sont souvent vécues comme anxiogènes dans les entreprises ; l ‘ individu est curieux du changement grâce à son cerveau reptilien , et en même temps il en a peur, car cela froisse en chacun de nous le principe d ‘homéostasie .
Aux USA , un schéma en 12 étapes lié aux changements circule plutôt bien en ce moment ; est il vrai ? est il utile ? à chacun de se faire une idée .
En voici les étapes : THE CHANGE CURVE

SHOCK
DENY
RESISTANCE
WORRY
NEGOCIATION
LOSS OF CONTROL
DEPRESSION
ACCEPT
LEARN
EXPLORE
DISCOVERY
ADJUSTMENTS

De mon point de vue , un élément essentiel est que le changement est inhérent à la Vie , et que tout processus de changement crée plus de Chaos ET aussi plus de Cohérence……..
L ‘ idée systémique qui me vient est empruntée à Albert Einstein qui disait : « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec la même mentalité que lorsque nous les avons crées  »
Que nos changements soient choisis ou subis , des lors que le changement est la , nous devons faire avec plutôt que faire contre : crier contre la pluie n’ a jamais fait cesser un orage , par contre nous pouvons nous mettre à l ‘abri, aller acheter un parapluie, en profiter pour se laver, laisser  » le ciel entrer en Soi « , et bien d ‘autres choses encore …..!

Un dernier point : l ‘ un des films sur le Changement que j ‘ ai le plus aimé est :  » Un jour sans fin  » (1993) avec l’ émouvant Bill Murray et la charmante Andy Mc Dowell.
Comment passer  » au jour suivant  » ? le film répond de façon fort créative à cette question.
Notre avenir est entre nos mains.

Bien Cordialement
Emmanuel


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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