Je doute, donc je suis !

Jean-Louis Muller, publié le

J’ai trouvé un site digne d’intérêt : http://www.managementagora.com/ qui pose des questions en invitant les lecteurs à répondre. J’ai choisi de m’atteler à : « le doute est il un signe de faiblesse chez un manager ? » Je vous livre ici mes interrogations sur cette problématique en espérant que vous aurez envie d’y contribuer.

Le manager est bombardé de prescriptions paradoxales. La première série est ancrée dans la culture occidentale : « le chef doit être sur de lui, ne montrer aucune faiblesse pour transcender la motivation de ses collaborateurs ». Nous sommes ici en présence du mythe de la toute puissance. Le manager se doit d’être un homme ou une femme d’action, le doute étant réservé aux intellectuels et aux philosophes. La seconde consiste à faire croire que l’application de techniques et de recettes va produire les effets escomptés. Subsiste aujourd’hui une très forte demande de formation strictement opérationnelle pour les managers qui apprennent et répètent des méthodes qui se heurtent aux réactions « non conformes » des acteurs. La standardisation des processus de management occulte les apports des théories de l’émergence qui nous apprennent qu’une action bien pensée produit certes des effets attendus et aussi des effets secondaires , voire pervers par rapport à l’objectif visé. « Soyez un manager intelligent et talentueux » est la troisième prescription. Il convient ici de faire preuve d’intelligence des situations en discernant le contexte, les enjeux, les pouvoirs en présence et de bousculer les routines et les certitudes. Des entreprises vont même jusqu’à vanter les bienfaits du doute méthodique pour innover et prendre des parts de marché sur les concurrents.

De quoi devenir schizophrène ! Le doute est un signe de faiblesse chez le manager lorsque ce dernier se sent faible en doutant. Plus il veut faire bonne figure pour masquer son trouble, plus celui-ci transpire par tous ses pores. Dans le même temps, le manager qui douterait de tout serait incapable d’orienter les actions de ses collaborateurs et de produire du sens avec eux. Au même titre que trop de convictions tue la conviction, trop de certitudes tue la certitude. En cette période de fortes tensions et mutations dans les entreprises, les collaborateurs savent bien que leurs managers ne savent pas exactement où ils vont. Leur faire croire que l’avenir est tracé est un leurre. La confiance s’établit dans la part de doute du manager. De surcroit le doute fait émerger de l’intelligence collective. Rappelons-nous que les leaders totalitaires, sans doutes, galvanisaient les foules avec des certitudes mortifères.

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6 commentaires

Avatar de Joëlle

Joëlle

Le doute est un moteur de l’action intelligente


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Damien Goy

Je rejoins tout à fait votre analyse ; cependant, n’avez-vous jamais constaté que si les doutes d’un leader/manager sont perceptibles, les membres de son équipe ou de son entourage commencent à être envahis par la peur et s’en détachent ? N’est-ce pas lié au fait que le leader/manager soit considéré inconsciemment comme un repère, un point de certitude, dans un environnement en perpétuel changement ? Dès lors, sa défaillance serait inacceptable du point de vue des équipes cherchant à être rassurées.

Le doute peut pourtant être salvateur, il est une attitude d’ouverture à l’incertain ; mais pour cela, il doit être éduqué et devenir méthodique afin d’éviter toute confusion avec l’angoisse ; cette éducation au doute ne devrait pas concerner les seuls managers mais également les collaborateurs. Au final, c’est l’absence de doutes qui devrait inquiéter.

Au plaisir


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    Avatar de jlmuller

    jlmuller

    Bonjour Damien
    Si Jacques Lacan vivait de nos jours il affirmerait probablement que le manager est un SSS- Sujet Supposé Savoir- aux yeux de ses collaborateurs. Oui, le manager, surtout lors des situations tendues est une balise de sécurité et de certitude. Il reste calme là ou les autres paniquent. Il donne l’image d’une personne surmontant ses doutes pour construire un avenir, au mieux exhaltant, au pire vivable pour ses équipiers. S’il doit faire « bonne figure », je lui conseille néanmoins d’écouter avec empathie ses propres doutes.


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Emmanuel Portanéry

Un manager qui ne doute pas peut apparaitre en certaines occasions comme le phare dans la tempête pour ses collaborateurs : par exemple en cas de crise quand il faut savoir garder le cap ; dans le même temps , un manager plein de certitudes en toutes circonstances n ‘ encourage pas ses collaborateurs à se remettre en cause……. un manager qui ne doute pas de ce qu’ il ignore , et qui est certain de ce qu ‘ il ne connait pas risque de ne pas apparaitre comme vraiment rassurant au quotidien pour ses troupes.
Ceci peut amener ses collaborateurs à se rapprocher d’ autres managers plus conscients , plus réalistes , plus humbles des réalités de l ‘entreprise.

Bien Cordialement

Emmanuel


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Rosella Tetz

Sympa l’article. Au moins aujourd’hui j’aurais appris quelque chose d’intéressant ! Ca m’a meme donnée envie de regarder un peu plus ton blog.


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Nathalie Cower

Merci pour cet article qui m’a intéressé :) Je vais lire la suite du blog, il m’a l’air plutot bien fait.


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A propos de l’auteur


Jean-Louis Muller

Expert auprès de Cegos, leader européen du conseil et de la formation au management , Jean-Louis Muller intervient sur les offres internationales « Leadership » , « Change » et « Time » ainsi que du développement de la multimodalité. Il accompagne des équipes dirigeantes lors des transformations de leurs entreprises ou de leurs organisations publiques. Il contribue à la diffusion des démarches sytémiques auprès des managers et chefs de projets.

En parallèle, il est chargé de cours à l’université Paris 9 Dauphine où il conçoit et anime deux modules du Master Management Global.

Auteur de nombreux ouvrages, il dirige également depuis sa création en 1998, la collection « guides pratiques Cegos » chez ESF éditeur.

Il a coordonné le « guide du management et du leadership » paru récemment chez RETZ.

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