En décembre dernier encore, ils annonçaient que d’ici juin, 400 panneaux de ce type seraient mis en place. Cela semble mal parti, vue la fronde qu’ils suscitent.
Mardi dernier, les 5 associations antipub (Résistance à l’agression publicitaire, Souriez vous êtes filmés, Big brother awards, Robin des toits et Le Publiphobe) annonçaient avoir assigné la RATP et sa régie publicitaire Métrobus (filiale de Publicis et JCDecaux) devant le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris, pour leur projet d’installation d’écrans publicitaires "espions". La première audience aura lieu le 1er avril.
Le même jour, plusieurs élus de gauche au Conseil de Paris sont montés au créneau pour empêcher l’extension de ces écrans LCD (1 200 sont annoncés dans le réseau francilien d’ici la fin de l’année). Et ont demandé une nouvelle concertation entre la RATP, le Stif (Syndicat des transports d’Ile de France) et les associations d’usagers.
En cause, non seulement l’aspect trop intrusif de cette forme de publicité mais aussi, au niveau technique, le système des capteurs, qui jauge l’intérêt des passants, et celui de Bluetooth, qui permet d’envoyer des messages publicitaires sur les téléphones mobiles des passants – autre forme de pub éminemment intrusive.
En clair, un logiciel permet de comptabiliser le nombre de personnes qui s’arrêtent devant ces affiches numériques. Metrobus assure qu’aucune donnée personnelle n’est enregistrée.
Cela ouvre peut-être la voie à un "marketing personnalisé", mais point préoccupant, ce logiciel (avec 2 caméras) "permet de mesurer le nombre de personnes qui passent, et analysent leurs réactions afin de détecter quel élément de l’image a retenu leur attention. Ces capteurs peuvent aussi donner des informations sur l’âge et le sexe des passants réceptifs à chaque campagne", précisent les associations antipub dans leur communiqué.
De plus, Majority Report (qui a fourni la technologie embarquée dans les écrans de Metrobus – et non Quividi, comme je l’ai indiqué par erreur en lisant trop vite le communiqué), comme 2 autres sociétés partenaires de cette opération, serait "poursuivie pour violation de la législation sur la vidéosurveillance, ici utilisée à des fins purement mercantiles", toujours d’après les associations antipub.
Màj du lundi 16 mars : d’après un message laissé sur mon répondeur ce matin (mon interlocuteur ne m’a pas laissé son nom…), suivi d’un mail de Quividi, seule la société Majority Report (concurrente de Quividi) serait poursuivie.
Quant à la connexion Bluetooth, elle permet d’envoyer des SMS publicitaires (bons de réduction…) sur les portables des passants. On a encore le temps, puisque cette fonctionnalité ne sera pas activée avant 2010. Seulement, est-ce que cela sera envoyé avec le consentement préalable des passants (selon le principe de l’opt-in pour les mails) ou pas ?
De son côté, la gardienne des libertés personnelles, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil), dans un avis publié en novembre 2008, a désapprouvé "l’envoi systématique de messages publicitaires à tous les utilisateurs se trouvant dans la zone de couverture d’une affiche" et jugé "nécessaire de recueillir le consentement préalable", suggérant que les personnes intéressées "doivent approcher de quelques centimètres leur téléphone de l’affiche".
Très surprenant, la Cnil n’a visiblement pas été consultée à propos du "module de mesure d’audience, composé de deux caméras vidéo", le sujet est en cours d’instruction…
Reste à voir la suite. Mais cela prouve que ces nouveaux formats publicitaires ultra-technologiques, et onéreux, soulèvent des questions inédites en terme de protection de la vie privée des passants-consommateurs (pour ce cas). Et les réactions suscitées imposent certaines limites à ne pas franchir par les annonceurs…
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