« Paradise Papers » : des entreprises à l’abri du fisc… et du bad buzz

l-entreprise-et-les-medias, publié le

Les révélations qui tombent chaque jour dans les médias sous le nom de « Paradise Papers » sont-elles un coup dur pour les entreprises citées ? Sur le plan juridique et judiciaire, il est bien trop tôt pour le dire. Au niveau de la communication et de l’image des sociétés que l’ont dit volontiers « éclaboussées », il est clair que ces dernières peuvent rester assez sereines. Il n’y aura pas de bad buzz, pas de réputation réduite en miettes ni de crise dévastatrice à gérer. Pour 5 raisons.

1 – Le sujet n’est pas nouveau. Peu ou pas de scoop pour le grand public sur ces thématiques de l’optimisation et de l’évasion fiscale. Que les entreprises (et les grands de ce monde) usent de tous les moyens possibles pour réduire la pression fiscale ne constitue pas un événement susceptible de provoquer la stupeur ou d’enflammer les passions. Sur ce point, les entreprises montrées du doigt peuvent miser sur une certaine résignation du public.

2 – Le sujet est complexe. Les détails des montages financiers réels ou supposés, des usages de sociétés écrans et autres ruses pour réduire ses bénéfices assujettis à l’impôt restent compliqués à cerner et dénouer pour le grand public. Le droit fiscal reste une matière technique et plutôt aride, guère attractive en soi.

3 – Le sujet est bourré de subtilités. Notamment le distinguo fondamental à établir entre optimisation fiscale (parfois border line mais légale) et l’évasion fiscale (illégale). Les limites entre les pratiques non interdites et celles hors la loi sont floues pour beaucoup de monde. La frontière entre ce qui est moralement admissible et ce qui est éthiquement condamnable paraît souvent difficile à tracer. Autant d’ingrédients qui paralysent l’indignation et engourdissent les prises de position passionnées.

4 – Le sujet n’est pas mobilisateur par nature. Ici, pas de pratiques révoltantes à forte charge émotionnelle. Pas d’enfants réduits en esclavage dans des usines à l’autre bout du monde. Pas de produits fabriqués au mépris des normes de sécurité censées protéger le consommateur. Point non plus de saccage de l’environnement. En clair, pas de proximité psycho-affective avec le grand public, finalement peu concerné par l’affaire. De fait, les entreprises épinglées à longueur d’articles n’ont pas à craindre des tombereaux de réactions outrées sur les réseaux sociaux. Encore moins des appels au boycott.

5 – Le sujet n’est guère dangereux pour des entreprises bien connues du grand public et pour des marques bien ancrées dans les habitudes de consommation. Certaines (à l’instar d’Apple ou de Nike) bénéficient d’un attachement fort d’une partie des consommateurs. Il faudrait bien plus qu’une affaire d’optimisation fiscale pour ébranler la foi des aficionados de l’iPhone ou des Nike Air.

Bien sûr, face au déferlement de révélations dans les médias, les entreprises sont tenues de réagir. Mais ce seront avant tout les services techniques et juridiques des sociétés qui seront mobilisés. Pas les grands stratèges de la communication de crise et de l’e-réputation.

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Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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