Se récupérer après une bourde en direct, tout un art

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Malaise et moment de solitude pour le PDG de Veolia ce mercredi matin. Invité de France Inter, Antoine Frérot a commis une belle bourde en tenant des propos à première vue méprisants sur l’apprentissage, qu’il est pourtant venu défendre. Tout est parti d’une question piège car à connotation personnelle : « est-ce que vous avez poussé vos enfants à être apprentis ? ». Réponse on ne peut plus maladroite de l’intéressé : « Non je ne l’ai pas fait car ils étaient brillants à l’école (…) Le problème ne s’est pas posé. »

En résumé, Antoine Frérot renforce en direct le préjugé contre lequel il se bat : l’apprentissage, c’est pour les mauvais. Une vraie boulette, quand on assure par ailleurs qu’il faut promouvoir l’apprentissage et redorer son image.

La sanction est immédiate sur les réseaux sociaux où le PDG est étrillé. Preuve que sa tentative de rattrapage, en vantant les résultats de la politique engagée dans son entreprise, n’a pas été fructueuse.

Pouvait-il mieux faire ? Peut-on se rattraper après une gaffe en direct sur un plateau TV ou dans un studio radio ? Oui. Du moins on peut sauver les meubles. L’objectif est aussi simple que délicat : faire oublier au plus vite le propos malvenu.

1 – Reconnaître illico la maladresse. Dès que l’on réalise qu’on a fauté, il faut le dire sans détour et regretter son propos. Par exemple « enfin, non, pardonnez-moi, ma remarque est maladroite et peut sous-entendre ce contre quoi je me bats. Ce que je veux dire… ». Gardons à l’esprit que la maladresse reste un des défauts humains pour lequel on a le plus d’indulgence.

2 – Clarifier immédiatement et fermement le propos. En soulignant les arguments (les bons cette fois). En substance : « Je n’aurais pas poussé mes enfants à devenir apprentis car cela ne correspondait pas à leurs choix de cursus et de carrière. Notamment en médecine… ».

3 – Quitter rapidement la sphère personnelle et passer sur une idée positive qui correspond au message que l’on vient faire passer. « … mais je suis convaincu que l’apprentissage peut être un moyen efficace et tout à fait adapté pour des milliers de jeunes dans de très nombreux secteurs. Il peut permettre de trouver un emploi et un véritable épanouissement dans le monde du travail… »

4 – Rebondir et élargir la question en restant dans une dynamique positive qui correspond au vrai sujet de l’interview : « … mais pour cela, il faut absolument revaloriser ces filières, qui souffrent d’une image encore trop négative et qui sont considérées à tort comme des pis-aller, des palliatifs à l’échec scolaire »

5 – Il convient ensuite (et seulement à ce moment) de ramener le public sur l’action de l’entreprise, et évoquer les efforts déployés (en l’occurrence par Veolia) pour axer le recrutement sur l’apprentissage. Avec des exemples concrets, des anecdotes, des illustrations. Cela permet d’enjamber l’idée très négative lâchée en début d’interview. Et de crédibiliser le propos à travers le solide concept de « la preuve par l’action ».

Enfin, à défaut de le faire à chaud et en direct, il est toujours bon de faire face aux critiques et d’y répondre. Ce que le PDG de Veolia n’a pas omis de faire. Antoine Frérot a publié un communiqué sur le site du groupe. Il regrette que ses propos aient pu choquer et tient à rectifier le tir : « J’ai pour tous ceux qui ont choisi l’apprentissage un profond respect et je considère que c’est une voie d’excellence pour la jeunesse. Malheureusement, aujourd’hui, elle n’est pas considérée ni vécue comme telle. Je le déplore. Et c’est ce qu’il faut faire évoluer (…) Ma conviction profonde est que l’apprentissage est une chance pour les entreprises et pour la jeunesse quel que soit son niveau de diplôme. » Une mise au point indispensable et bienvenue qui va sans doute tarir le flot de critiques et éviter au dirigeant d’écorner son image dans la durée.

Evidemment, le mieux reste d’éviter de commettre gaffes, bévues et boulettes en direct. Pour ce faire, il est impératif de décrypter rapidement la question posée et de débusquer les intentions qui s’y cachent. La question de Léa Salamé peut être considérée comme un piège dans lequel Antoine Frérot est tombé. Cette même question peut devenir une opportunité de développer des arguments positifs, consolidés par l’expérience et illustrés par du vécu. Avec un passage obligé : acquérir et maîtriser un ensemble d’habitudes et de réflexes.

 

 

 

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Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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