Ne vous empressez pas de mettre la presse sous pression !

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Vouloir contrôler ce qui va être dit sur vous est bien naturel. Pour autant, il faut résister à la tentation de harceler les journalistes pour décrocher un article magnanime ou éviter un papier à charge.

Prenons l’exemple d’une PME au sein de laquelle l’ambiance de travail est délétère. Beaucoup de démissions, de turn-over, plusieurs dossiers sur le bureau des prud’hommes, des critiques en interne sur le rythme de travail, la rudesse du management voire des cas de harcèlement moral. Les médias ont eu vent de l’affaire et s’intéressent à cette entreprise pourtant prometteuse et citée en exemple lors de sa création récente. Les journalistes ont déjà approché des employés, recueilli des témoignages. Le directeur de la société lui-même est sollicité pour donner son point de vue. Il prend alors la mesure de la menace que représenterait un article critique sur l’image de son entreprise, et sur la sienne. Il décide alors de suivre au plus près le travail des journalistes. Il prévient qu’il sera très vigilant sur ce qui sera publié. Il exige de lire l’article et de le corriger avant toute diffusion. L’inquiétude grandissant, il bombarde de mails la rédaction, en particulier le journaliste en charge du dossier, et accentue la pression. Il finit par prévenir qu’il a le bras long, un bon réseau professionnel et qu’il ne lésinera pas sur les mesures de rétorsion si l’article ne lui convient pas. Bref, il panique.

Cet exemple fictif est loin d’être caricatural. Bien souvent, l’inquiétude face aux journalistes et à leur pouvoir réel et supposé entraîne des réactions épidermiques, passionnées et finalement inappropriées.

Rappelons d’abord que les journalistes n’ont pas le pouvoir de raconter n’importe quoi impunément et que la loi prévoit des remparts en cas d’abus. Nous l’avions vu ici lors d’un précédent billet, il reste utile et nécessaire de connaître vos recours, notamment en matière de rectificatif et de droit de réponse.

Ensuite, faire pression sur les journalistes a toutes les chances d’être vain et même contre-productif.

  • Le sentiment d’inquiétude ou de panique concernant un article potentiellement à charge confortera le journaliste sur le fait qu’il y a bien un problème et donc matière à creuser. Il paraît qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu » et qu’ « il n’y a que la vérité qui blesse » selon des adages populaires peut-être contestables, mais bien connus et intégrés.
  • L’envoi de mails intempestifs, voire de menaces place résolument la genèse de l’article dans une ambiance belliqueuse qui n’incitera pas le rédacteur à l’indulgence au moment de taper son papier. Plus ou moins consciemment, il pourra privilégier des détails ou témoignages à charge et pourrait « oublier » de mettre en avant des détails positifs qui auraient nuancé l’impression générale.
  • L’exigence de relire un article avant impression est rarement entendue par les journalistes qui refusent de travailler de près ou de loin sous la dictée. Il arrive que cette demande aboutisse, mais uniquement dans le cadre de rapports de confiance et dans une ambiance apaisée.
  • Invoquer ses relations dans le monde économique ou politique et faire planer des menaces de rétorsion peut impressionner, sur le moment, un jeune journaliste stagiaire. Probablement pas un enquêteur chevronné qui en a vu d’autres. Sans doute pas non plus un directeur de la rédaction qui doit garantir l’impartialité de ses écrits et la liberté de ton de son journal. En outre, l’effet sera désastreux si vos menaces sont rendues publiques d’une manière ou d’une autre. Il n’y a pas si longtemps, on l’avait évoqué ici, le dirigeant de Huawei France avait menacé d’utiliser son réseau pour blacklister Elise Lucet suite à un reportage dans « Cash Investigation ». Il avait ensuite regretté publiquement ses propos. Même chose pour le vice-président d’Uber qui a fini par s’excuser platement après avoir menacé de se venger d’une journaliste trop curieuse à son goût.

En revanche, il est nécessaire de participer à la fabrication de l’article. Si un papier potentiellement critique sur votre entreprise est en gestation, vous aurez l’occasion d’apporter votre point de vue. Ce sera le moment de préciser ou justifier ce qui doit l’être, de nuancer, apporter des éléments positifs. En évitant les déclarations à chaud. Il convient de maximiser le bénéfice de ce temps de parole, qui ne se répètera pas dix fois, même si vous spammez les boîtes mail de la rédaction. Prenez le temps de recevoir les journalistes, de préparer votre entretien, d’anticiper les questions embarrassantes et les propos que vous souhaitez faire passer.

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Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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