Face à la presse, mieux vaut dompter son désir de vengeance !

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Certains patrons perdent leur sang froid face aux journalistes en ce moment… et ruminent un peu trop fort des désirs de vengeance qu’il conviendrait de taire. Il y a une semaine, François Quentin, le dirigeant de Huawei France, promettait à Elise Lucet des lendemains difficiles après son interview impromptue pour l’émission Cash Investigation. Rageur, il menaçait d’utiliser son réseau pour blacklister la journaliste et former autour d’elle une sorte de cordon sanitaire. Aujourd’hui, c’est Emil Michael, le vice-président d’Uber, la compagnie de VTC, qui est parti en croisade contre la presse. Et pas n’importe comment : il a publiquement envisagé d’engager des enquêteurs pour fouiller la vie privée de certains journalistes, et décrédibiliser ceux qui se montrent trop critiques envers son entreprise. Sous la cascade de réactions indignées, il est rapidement descendu de cheval et présenté ses excuses.

Ce n’est pas nouveau, les relations avec les médias peuvent être tendues et difficiles. Ce n’est pas un scoop non plus, les personnes de pouvoir ont de tous temps tenté de contrôler ou museler les médias. Ce n’est pas non plus un mystère, les agissements et méthodes de certains journalistes peuvent être contestables et contestées. Mais le choix de la vengeance, clamée haut et fort, n’a que des inconvénients.

Ce désir exprimé sera automatiquement relayé et commenté à grande échelle par… les journalistes, ceux-là même dont on veut la peau. Autant dire que la stratégie est vouée à un échec cuisant. L’information, que les médias mettent en forme et commentent à leur guise, déjà croustillante au départ, ne risque pas d’être avantageuse à l’arrivée pour un patron qui s’emporte et crie vengeance.

Montrer que l’on veut se « payer un journaliste » n’apporte aucune crédibilité au contraire. Un dirigeant est censé garder son calme, maîtriser ses émotions, laisser son pouls retomber un peu, opérer les meilleurs choix et présenter les meilleurs arguments pour défendre son entreprise et préserver son image.

Le mouvement d’humeur d’Emil Michael ne pouvait faire que des dégâts. L’effet boomerang, immédiat, s’est fait en deux temps. L’intéressé a dû s’excuser publiquement, notamment auprès de la journaliste Sarah Lacy, sa « cible » principale, à qui il a envoyé un courriel. Dans la foulée, le fondateur de l’entreprise, Travis Kalanick, a dû intervenir en urgence pour tenter d’éteindre l’incendie. Il a sèchement condamné les propos de son vice-président («Les commentaires d’Emil à un récent dîner étaient calamiteux et ne représentent pas le groupe». «Ses déclarations dénotent un manque de leadership, d’humanité et sont loin de nos valeurs et de nos idéaux»).

On l’a compris, le désir incontrôlé de vengeance d’Emil Michael risque de lui coûter son poste, et a fait du tort à l’entreprise dans son ensemble, alors même qu’Uber avait déjà fait polémique dans les médias sur plusieurs sujets (tactiques anti-concurrence douteuses, accusations de sexisme, agression de passagers, projet avorté d’embaucher des conductrices de charme…). Il a au passage généré une cacophonie dommageable à la tête du groupe, obligeant le numéro 1 à fouetter publiquement son numéro 2. Au final, il a donné une ration supplémentaire de mauvais grain à moudre aux médias qui n’en demandaient pas tant.

Rappelons, enfin, qu’il y a d’autres moyens de s’élever contre des méthodes journalistiques que l’on juge contestables. Outre les outils prévus par la loi (rectificatif, droit de réponse, poursuites pour diffamation etc.), un patron a tout à fait le droit de se défendre contre des propos ou écrits qu’il estime tronqués, inexacts ou tendancieux. Devant les médias, il peut et il doit détailler et préciser son point de vue pour défendre son entreprise. Encore faut il que son message soit factuel (et non pas uniquement émotionnel), construit, argumenté, audible. En clair, qu’il ne se limite surtout pas à un mouvement d’humeur.

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1 commentaire

toolmapp

Certains patrons se croient au-dessus de tout. C’est bien qu’ils descendent ou qu’on leur fasse descendre de leur piédestal. Manière de leur signifier qu’ils ne sont pas tout seul, ni au-dessus des lois.


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A propos du blog

Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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