Le patron de Huawei dans le piège du micro tendu

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C’est un peu la marque de fabrique du magazine Cash Investigation, émission d’enquête de France 2 qui appuie où ça fait mal et dénonce régulièrement les pratiques douteuses de certaines entreprises. On se souvient de l’interview désastreuse du dirigeant de Jardiland, empêtré dans ses réponses face aux questions d’Elise Lucet sur les abus présumés de l’entreprise en matière de formation professionnelle. Ce mardi, Cash Investigation a fait une autre victime médiatique : le président de Huawei France, François Quentin. L’émission dénonce les conditions de travail et l’exploitation d’enfants dans les usines chinoises qui sous-traitent pour les fabricants de téléphones portables. Une séquence est particulièrement saisissante : visiblement pris de cours, François Quentin s’agace et refuse de répondre aux questions d’Elise Lucet venue l’interroger de manière impromptue, micro tendu et face caméra. Refusant obstinément de commenter la responsabilité supposée de son entreprise, le président de Huawei France s’est contenté de demander à la journaliste… sa carte de presse. Le bad buzz est né, Huawei et son patron récoltent une avalanche de commentaires outrés sur les réseaux sociaux.

Certes, la manière de procéder de Cash Investigation peut paraître contestable : le magazine prend un malin plaisir à mettre dans l’embarras ses interlocuteurs et ne se gêne pas pour forcer le trait grâce au montage des séquences et à l’aide de mises en scène, voire de reconstitutions. Mais il est toujours possible d’anticiper ces risques, de s’y préparer et d’éviter qu’une interview tourne au chemin de croix.

Premier point : il est préférable de répondre rapidement aux premières sollicitations des journalistes. Elise Lucet le martèle durant la séquence : l’équipe de Cash Investigation aurait tenté à maintes reprises, et en vain, d’obtenir une interview en bonne et due forme. Le service de communication/presse de Huawei n’aurait jamais donné suite. D’où l’arme ultime de la journaliste : débarquer à l’improviste, tendre un micro, faire tourner les caméras et coller sous le nez du dirigeant des documents compromettants en lui demandant de les commenter. En clair, les pires conditions d’interview imaginables. Ils sont comme ça les journalistes, si on leur ferme la porte d’entrée, il passeront par la fenêtre, même s’il faut casser un carreau. Leur métier, notamment en phase d’investigation, consiste à ramener de l’information. Autant s’épargner un calvaire en répondant à une sollicitation et en acceptant une entrevue dont les conditions seront discutées et négociées de part et d’autre. Une interview que l’on pourra préparer un minimum.

Deuxième impératif, si le premier n’a pas été suivi : face au micro tendu, il faut garder son calme. Ne pas oublier que tout ce qui est filmé peut devenir un élément à charge, voire accablant pour son image et celle de son entreprise. Mieux vaut éviter de laisser transparaître trop de colère, d’exaspération, avec un visage fermé et bouillonnant. Dans ce type d’émission, on sort rarement gagnant d’un échange musclé avec un journaliste, car on ne maîtrise aucun paramètre. Non seulement le moment est saisi sur le vif, mais l’enregistrement fera l’objet d’un montage, éventuellement de commentaires en voix off sur lequel l’interviewé n’a aucune prise.

Troisième point : malgré le malaise et l’effet de surprise du micro tendu, il faut délivrer un minimum d’informations, un message clair et adopter une posture la plus assurée possible. Pas question de commenter à chaud des documents que l’on vous met sous le nez, ni d’entrer dans les détails. Mais il faut, le temps de quelques secondes, montrer que l’on prend l’affaire au sérieux. Il aurait été plus judicieux, pour le dirigeant de Huawei, de faire passer le message suivant, en substance « je ne peux pas commenter précisément ces documents que je ne connais pas. Je suis en plein travail. Ce ne sont pas des conditions d’interview convenables. Mais je peux vous assurer que je prends ce dossier très au sérieux, que l’exploitation des enfants constitue une infamie à rebours de nos valeurs et que je vais répondre très bientôt et sans détours à vos questions ».

Enfin, élément important : assurer le suivi d’une interview impromptue…et corriger le tir s’il y a lieu (en général, il y a lieu). Visiblement, le patron de Huawei a préféré le règlement de compte à l’explication posée. Les propos vengeurs accordés au site web de l’Usine Nouvelle (« j’ai activé tous mes réseaux et Madame Lucet n’aura plus aucun grand patron en interview, sauf ceux qui veulent des sensations extrêmes ou des cours de Media Training ! ») n’aident pas. Ils sont évidemment repris par le reste de la presse, avec titraille bien sentie comme au Figaro ou à l’Huffington Post, le tout assorti de la vidéo de l’émission pour ceux qui ne l’auraient pas vue. A part ces quelques mots accordés à l’Usine Nouvelle, le dirigeant n’a pas prévu de communiquer en externe suite à la diffusion de l’émission. Apparemment, François Quentin ne veut plus avoir affaire à la presse. Un réflexe épidermique malvenu. Après un gros cafouillage avec les médias, il est primordial de marteler des messages forts pour sauvegarder l’image du groupe et contrebalancer les effets très négatifs de la première – et donc la seule – interview télévisée.

Concernant le travail des enfants, François Quentin a tout de même précisé que Huawei avait identifié ce problème chez le fournisseur incriminé en mai 2014, un mois avant la passe d’armes avec Elise Lucet. « Nous avons une tolérance zéro sur ce point et nous avons immédiatement cessé toute collaboration avec cette entreprise », a-t-il assuré. En outre, il garantit que Huawei mène régulièrement des contrôles sur les conditions de travail dans toute la chaîne de production de ses fournisseurs. Le message essentiel à marteler devant les médias, c’était celui-là. Plus factuel, plus valorisant, davantage posé et sérieux que la mise d’Elice Lucet sur liste noire.

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8 commentaires

Avatar de jp

jp

Pour moi en tout cas, grâce à M. François Quentin, Bye Bye Huawei.


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Live-entreprise

Oui bon, je ne connais pas bien le cas Huawei mais il faudrait un peu aussi arrêter l’hypocrisie concernant les conditions de travail en chine ou dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs.

Et puis, rien ne dit que les chaussures de la journaliste n’ont pas été fabriquées là-bas… et qu’elle participe donc, elle-aussi, par conséquent, à cette « infamie ».

Plus sérieusement, les français sont contre l’exploitation des enfants et les émissions de gaz à effet de serre mais Nike est, disons, trrrrrrrès bien implanté en France et le Français moyen adoooooooooorrrre rouler en 4×4 donc bon…


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Sam Wise

Elise Lucet s’est reconvertie dans le media émotionnel socialo-coco qui ne sévit d’ailleurs plus que dans quelques chaînes de télé que seules regardent les ménagères de plus de 50 ans pour lesquelles j’ai d’ailleurs beaucoup de respect mais ne sauront pas distinguer Huawei de LG ou Samsung le moment venu. Bref encore de l’emo à la française pour cristalliser les opinions et agiter les bras en direction des leaders de l’extrême gauche-droite.
Il faut avoir quitté le pays pour comprendre que les choses ne dureront pas ainsi. Profitez bien !


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Avatar de dambinofflinstallateurparisien

dambinofflinstallateurparisien

le plus sur pour avoir des produits d origine a des prix resonable ; la proximite des entreprise , eviter les frais de transport = moins de CO2 = la region s enrichi et ses entreprises aussi = le gaspillage diminue = se n est pas en connaissant ceux qui font des conneries qu on ellimine les conneries qu ils on fait ,on controle plus vite la proximite


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Balqis

Les méthodes sont peut-être un peu « chocs », mais l’entreprise Huawei avait tout loisir de recevoir la journaliste et de préparer intelligemment l’interview.
Le patron de Huawei France fait partie de cette vieille garde de patrons, persuadés de faire partie d’une élite et au-dessus de tout cela… C’est méconnaître l’effet « réseau »… Son attitude méprisante était assez « has been » (sa façon de toiser et de rentrer dans sa limousine aux vitres fumées…) et il a de suite opté pour le rapport de force… ignorant les stratégies prônées par Sun Tsu dans l’Art de la Guerre. Bref pour moi il a carrément tout faux ! Bill Gates s’est montré bien plus habile…
Une PDG de son temps et connaissant bien l’international…


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Denis

On peut être pro entreprises et pour l’économie de marché et être scandalisé par les conditions de travail des ces pauvres gens.
D’autant que améliorer leurs conditions de travail ne coûterai guère plus cher sur la facture d’achat du portable.
Moi je dis bravo Mme Lucet et continuez, vous au moins vous en avez ….!
Si vous avez vu son sujet sur les pratiques d’optimisation fiscales au luxembourg, il y a de quoi faire sauter le grand duchet !
Et en plus Mr Junker est le nouveau président de la communauté, il y a de quoi HURLER AU SCANDALE !
Sinon braves dirigeants de pme françaises, continuez de vous faire essorer par Bercy, pendant que Mr Moscovici tout auréolé de ses nouvelles fonctions européennes va dorénavant pactiser avec les multinationales qu’il a tant critiqué par le passé !
Auriez vous la mémoire courte ?
En voilà un qui ne manque pas d’air et qui sait manoeuvrer dans son intérêt ….. et avec notre argent.
C’est aussi ça la gauche …, la droite n’est pas sans reproche …


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coments

Ce n’est qu’un des scandales qui pouvaient toucher Huawei.
Mais si on s’intéresse de plus prêt aux conditions des salariés de huawei, regardons aussi celles des salariés sur le siege français!


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pradin

CONSTAT ET ÉTAT DES LIEUX DES ENTREPRISES

INTRODUCTION: le développement des richesses humaines pour les exploiter ça n’a rien à voir avec le développement des ressources humaines qui se limite à une simple gestion administrative du personnel.

1 — Nos entreprises ne reconnaissent pas le droit à la réflexion du fait qu’elle est hiérarchisée, inconsciemment leurs salariés manifestent leur mécontentement avec une rétention rebelle à la divulgation de la plus value du génie de leur savoir-faire. C’est une grève illimitée avec leur droit de se taire et ça dure depuis plusieurs dizaines d’années. Pourquoi les autres pays s’en sortent et pas nous c’est là où se trouvent. C’est là où se trouvent les métastases de notre cancer culturel, industriel, et économique.

2 — Nous sommes le seul pays à pratiquer la hiérarchisation du droit à la réflexion des salariés dans nos entreprises et ailleurs. La plus value pour la compétitivité se trouve dans nos têtes et nulle part ailleurs parce qu’une entreprise n’est qu’un moyen de production immobile, inculte et sans vie. Si elles veulent exister pour vivre elles sont soumises au bon vouloir de la divulgation du génie du savoir-faire des salariés. La preuve est faite que le génie appartient qu’à l’être humain, mais surtout pas aux entreprises esclavagistes.

3 — Pour les entreprises qui pratique la politique esclavagiste elles se condamnent à exploiter le peu qui leur reste avant de déposer le bilan parce qu’on n’exporte pas des diminutions de charges ou des diminutions de salaire, on exporte des technologies nouvelles.

4 — Les brevets industriels depuis des dizaines d’années, on facilite l’importation de nouveaux produits provenant de la transaction de l’exportation de nos brevets à l’étranger. Cette trahison mérite une loi pour que nos entreprises aient la priorité d’exploiter nos brevets en France voir l’obligation de les exploiter dans le cadre de leur reconversion

5 — Pour exemple nous mettons a votre disposition un brevet INPI : N° d’enregistrement du brevet 13 016 N° de publication 3 004 954 pour fabriquer un produit de survie pour l’être humain dont le marché est en pleine expansion qui représente à ce jour de 3 à 5 millions de personnes qui se trouvent dans le besoin d’être appareillées. Pour diffuser ce produit, il existe déjà un réseau commercial sur tout le territoire, vu qu’il n’y a pas de concurrence ce produit ne peut être fabriqué que par ceux dont leur rôle est d’agir et d’entreprendre.

E.D.I.P.N. 15 allée des Hélianthes 33 160 Saints Aubin de Médoc. Tél. : 05 56 70 48 93


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Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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