Journalistes assassinés : le choc, la compassion et la colère

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Toute entreprise endeuillée par la mort d’un employé traverse une crise particulière. Au choc de la nouvelle succède rapidement l’expression d’une forte compassion à l’égard des proches et de la famille, ainsi qu’un puissant sentiment de solidarité et d’unité en interne (voir ici l’exemple du cirque du Soleil).

Le rapt et l’assassinat barbare de deux journalistes de RFI ce samedi représente un traumatisme encore plus violent pour la station de radio. Outre le fait qu’il y a deux victimes dans cette tragédie, les circonstances et enchaînement extrêmement rapide des événements accentuent la violence du drame. La journaliste Ghislaine Dupont et le technicien de reportage Claude Verlon, qui travaillaient sur le terrain au Mali dans le cadre des élections législatives, ont été enlevés et exécutés dans la foulée.

Le communiqué de la rédaction dans la soirée synthétise le ressenti de l’ensemble de l’entreprise : « Toutes les équipes de RFI et du groupe France Médias Monde sont sous le choc, profondément tristes, indignées et en colère, et leurs pensées vont aujourd’hui aux familles et aux proches de leurs collègues et amis ».

L’assassinat de journalistes constitue un cas très particulier, car les employés de l’entreprise sont victimes d’un crime, d’un acte barbare et prémédité, commis précisément parce qu’ils sont des journalistes. Le drame paraît encore plus inacceptable et génère une colère rapidement et fortement exprimée. Marie-Christine Saragosse, la directrice de France Médias Monde (la structure audio-visuelle dont fait partie Radio France International) a réagi avec indignation et vigueur : « J’éprouve une très grande colère. Les équipes de RFI font un boulot formidable en Afrique et les Africains eux-mêmes le reconnaissent. Face à la barbarie, va-t-on pouvoir continuer à faire ce métier ? Nous n’avons pas envie de baisser les bras. La colère va nous donner encore plus envie de ne pas nous faire fermer le bec par les barbares ».

Même colère exprimée par Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters Sans Frontières: « L’exécution sommaire des deux journalistes de RFI est un acte innommable et révoltant ».

La colère coupe court également à toute remise en question concernant la présence de journalistes dans les zones très dangereuses. A chaque fois qu’un reporter est enlevé ou assassiné, la question « faut-il continuer à couvrir les régions du monde les plus dangereuses ? » jaillit dans les esprits. Avant d’être rapidement écartée. Nous ne pouvons pas condamner ces régions du globe au silence et à la barbarie, ont rappelé en substance les responsables de la rédaction de RFI.

En 2013, Reporters Sans Frontières a recensé 43 journalistes tués dans l’exercice de leur fonction et 184 emprisonnés. 8 restent retenus en otages en ce moment même.

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2 commentaires

NADJL

Bien sûr, l’acte est extrêmement violent et pour les familles et pour les collègues et nous ne pouvons que nous associer aux messages de soutien. Mais continuer à croire que d’aller dans des régions instables où règnent les combats assez violents est sans danger, est-ce possible? On peut être un journaliste aguerri, et ne pas avoir vu venir le danger, l’un et l’autre ne sont pas incompatibles. Il faut bien évidemment que les journalistes puissent continuer à faire leur travail d’information sur le terrain, mais à quel prix? Le risque nul est impossible en zone de guerre, la guerre c’est ça, outre une balle perdue, les assassinats aussi. Mais tous les assassinats ne sont-ils pas révoltants?
Peut-on imposer à quelqu’un de se rendre là bas pour de l’information ? Je crois que notre position de simple citoyen lambda est de continuer à nous intéresser aux articles, d’acheter les journaux, et d’écouter les émissions.


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l-entreprise-et-les-medias

Bonjour,
On ne peut qu’être d’accord avec vous sur le soutien à apporter aux journalistes et à leur travail, notamment lorsqu’il est effectué dans des conditions difficiles ou dangereuses.
Pour répondre en partie à vos questions, sachez qu’un reporter n’est jamais envoyé sur une zone de guerre contre son gré. C’est lui qui est volontaire, et il s’agit de journalistes expérimentés, au profil particulier, qui connaissent particulièrement les zones qu’ils vont couvrir et les dangers auxquels ils sont potentiellement exposés. Les rédactions n’envoient jamais un reporter sur une zone de conflit à la légère. Par ailleurs, personne n’imagine que leur mission n’est pas ou peu risquée. Pour autant, aucun journaliste habitué à couvrir des zones dangereuses ne vous dira qu’il faut abandonner ces pays et ne pas témoigner sur ce qui s’y passe. Journalistes et reporters ont à coeur de pérenniser cette mission autant que cela est possible.


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Jean-Michel Boissière

Jean-Michel Boissière Comprendre le fonctionnement des médias représente un atout stratégique. Une entreprise ne communique pas malgré mais avec les journalistes. A travers de multiples conseils et illustrations puisés dans l’actualité, ce blog sur les relations entreprises-médias pourra vous éclairer sur la manière de rendre votre communication plus efficace et dynamique.

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