Les banques ne cultivent pas l’esprit d’entreprise

 
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Ce n’est pas un chef d’entreprise aux abois, ni même amer qui s’exprime. Juste un petit patron d’une jeune maison d ‘édition qui essaie d’analyser la récente mésaventure bancaire qu’il vient de connaitre. 

 Editeur reconnu de longue date, Jean-Claude Gawsewitch a créé sa propre maison d’édition voici 4 ans : il édite des romans comme des essais, a créé une collection "Coup de gueule" et compte déjà plusieurs best-sellers à son actif comme "La fabrique du crétin". 

 "Mon premier réflexe a été d’ouvrir un compte professionnel avec ma banque personnelle chez laquelle je suis depuis 30 ans. Je pensais que fidélité, reconnissance… toutes ces notions humaines existaient encore. Or ces valeurs ont disparu". 

La mésaventure commence dès l’ouverture du compte. Jean-Claude Gawsewitch a du mal à obtenir une ligne de crédit, mais finit par décrocher 100 0000 euros de découvert. De quoi couvrir non des frais de structure mais le développement de sa petite affaire.  La nature même du métier l’exige : ‘Gallimard me paye à 90 jours fin de mois, il me faut donner 20.000 euros d’ à valoir à un auteur qui va me rendre un manuscrit dans un an et qui ne sera publié que encore six mois plus tard‘. Le cycle normal de l’activité d’un éditeur exige d’avoir une trésorerie importante. La banque accorde son découvert à Jean-Claude mais sans prendre le moindre risque : Jean-Claude doit leur accorde sa caution personnelle du montant du découvert.

Il y a quelques mois, Jean-Claude a affaire avec des responsables de comptes Entreprises de sa banque. Leur message en substance : on a décidé de ne pas renouveler votre découvert, car vous allez déposer le bilan dans quelques mois.  Jean-Claude a 2 mois pour rembourser son découvert. Il se sent humilié et en colère : sa société se développe du feu de dieu, elle a même connu une hausse de 60% de son chiffre d’affaires en 2008, il a embauché deux personnes, une à l’édition, une au service de presse.

"La BNP, ma banque, sollicite l’aide de l’Etat pour 3 milliards d’euros. Ils sont gonflés de me faire la leçon". Jean-Claude écrit alors personnellment à Nicolas Sarkozy qui transmet son dossier au médiateur de la République, René Ricol qui en moins d’une semaine fait l’interface avec la BNP. "Ils ont obtenu que je rembourse mon découvert sur 7 mois et non 2 mois et demi".  Pas mal mais Jean-Claude a découvert des limites des services du Médiateur : "Ils ne peuvent pas faire plus pour moi. Remettre le découvert en place leur était impossible. Nous n’avons aucun droit dans les banques nous ne pouvons rien leur imposer, m’ont-ils dit". Et là Jean-Claude s’interroge : l’Etat donc le contribuable a prêté 3 milliards d’euros à la BNP mais n’a pas d’administrateur donc aucun pouvoir. On donne de l’argent sans exercer de contrôle ?  L’intérêt général serait pourtant que les banques aident les PME à ne pas disparaitre.

Epilogue : il y a quelques jours Jean-Claude Gawsewitch recevait un coup de fil de la BNP, il va pouvoir rencontrer un vrai responsable. Ceux qui lui ont coupé les vivres n’étaient pas décisionnaires, ils appliquaient juste des consignes. "Quand je pense à tout ce qu’il a fallu actionner comme médias et relations pour obtenir simplement ce à quoi un client peut prétendre…".

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1 commentaire

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  • Cher Jean Claude,

    Votre aventure est symptomatique des incompréhensions qui existent entre le monde des entrepreneurs et celui de la banque. Aussi de l’absence de conseils dont vous auriez pu vous entourer, y compris de ceux des banquiers eux-mêmes !
    Dans votre affaire plusieurs « bugs » se sont cumulés. Sans ordre hiérarchique, en voici au moins quatre :

    Bug n° 1 : avoir cru être en relation avec un « banquier ». Désolé vos interlocuteurs ne sont que des sbires dont le principal souci est de conserver leur job. Et en tant qu’entrepreneur vous êtes porteur d’un germe qu’on appelle « risques » !
    Bug n° 2 : croire que dans la banque on est « client ». La notion de client pour les « conseillers » que vous avez rencontrés est en fait très éloignée de celle de l’entrepreneur.
    Bug n° 3 : Ouvrir son compte dans une agence bancaire parce-qu’on y a déjà son compte personnel, c’est une mauvaise raison. Dans la banque, les répartitions des compétences et les circuits de décisions sont bien distincts en fonction du caractère ou de la nature du titulaire du compte.
    Bug n° 4 : financer un lancement et un développement d’activité par un découvert, est une hérésie. De plus les « banquiers » qui sont intervenus ensuite ont pu considéré que si vous faisiez ainsi c’est que vous n’aviez trouvé aucune banque pour vous prêter, d’où une perte de confiance immédiate.

    A votre disposition pour plus de détails.

    Jean Paul TRETON
    Consultant, spécialiste des relations avec les banques.

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